‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 97 sur 108 · FLEUR D'ENFANCE · texte numérisé non relu

FLEUR D'ENFANCE

L'haleine d'une fleur sauvage,

En passant tout près de mon cœur,

Vient de m'emporter au rivage

Où naguère aussi j'étais fleur.

Comme au fond d'un prisme où tout chante.

Où tout se lévèle à mes yeux.

Je vois un enfant aux yeux d'ange :

C'était mon petit amoureux !

Parfum de sa neuvième année, Je respire encor ton pouvoir.

Fleur à mon enfance donnée, Je t'aime comme son miroir.

Nos jours ont séparé leur trame, Mais tu me rappelles ses yeux; J'y regardais flotter mon àme :

C'était mon petit amoureux !

De hlonds cheveux en auréole, Un regard tout voilé d'azur.

Une hrèvo et tendre parole, Voilà sou portrait jeune et pur.

Au seuil de ma pauvre chaumière Quand il se sauvait de ses jeux.

Que ma petite ame était fière!

C'était mon i)etit amoureux 1

Cette ombre qui joue à ma rive

Et se rapproche au moindre bruit,

Me suit, comme un filet d'eau vive,

A travers mou sentier détruit :

Chaste, elle me laisse autour d'elle

Enlacer un chant douloureux;

Hélas! ma seule ombre fidèle,

C'est vous, mon petit amoureux!

Femme, à (pii ses lèvres timjdes Ont dit ce qu'il semblait penser, Au temps où nos lèvres humides Se renconti'aient sans se presser.

Vous qui fûtes son doux Messie, L'avez-vous rendu bien heureux?

T)u cœur je vous en remercie :

C'était mon petit amoureux!

A PAULINE DDCHAMBGE

ELLE VOULAIT QUITTEIt LE MONDE

Quand tu te ferais sœur grise, Un bandeau blanc sur les yeux; Quand d'une prière apprise Tu tourmenterais les cieux; Quand, sur les pauvres penchée.

Mouillant leurs cris de tes pleurs,

202 rOÉSlES.

P;ir la blessure cachée Tu sonderais leurs douleurs;

Quand tu pourrais, sœur Morave, Silencieuse à toujours, Sous une loi morne et gi ave Immobiliser tes jours, Cesserais-tu, mon pauvre ange, D'écouter vivre et souffrir Ton cœur, ce malade étrange Qui n a peur que de guérir?

Quand sur le marbre et la pierre Tu verserais l'oraison, Pour évoquer la lumiî're Qui rallume la raison; Quand ta voix, éteinte au monde.

S'enfermerait sans retour.

Une autre voix plus piolbnde Te crierait encore : u Amour ! »

Tous les cloîtres de la terre Mentent à ton désespoir; Dans son plus chaste mystère Dieu n'a pas de manteau noir; Et le reclus prêt à rendre Ses comptes au Créateur Ke pourra que tiop comprendre Qu'il manque mi cœur à ton cœur!

Keste au monde; plaide encore!

Ton procès n'est pas fini :

Pour un crime que j'ignore,

L'amour lendre y fut banni.

Aime en vain; donne et pardonne

A qui ne t'a pas compris;

Souris à qui t'abandonne;

Va ! Ton n'aime qu'à ce prix!

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