‹ Poésies nouvelles, 1836-1852Chapitre 82 sur 88 · SOUVENIR DES ALPES · texte numérisé non relu

SOUVENIR DES ALPES

Fatigué, brisé, vaincu par l'ennui.

Marchait le voyageur dans la plaine altérée. Et du sable brûlant la poussière dorée Voltigeait devant lui.

Devant la pauvre hôtellerie, Sous un vieux pont, dans uii site écarté. Un flot de cristal argenté Caressait la rive fleurie.

Deux oisillons, dans un pin d'Italie, En sautillant s'envoyaient tour à tour Leur chansonnette ailée, où la mélancolie Jasait avec amour.

Pendant qu'une mule rétive Piétinait sous le pampre où rit le dieu joufflu.

Sans toucher aux fleurs de la rive, Le Voyageur monta sur le pont vermoulu.

Là, le cœur plein d'un triste et doux mystère, Il s'arrêta silencieux,

3oO POESIES NOUVELLE

Le front incliné vers la terre ; L'ardent soleil séchait les larmes de ses yeux.

Aveugle, inconstante, ô fortune!

Supplice enivrant des amours!

Ote-moi, mémoire importune, Ote-moi ces yeux que je vois toujours !

Pourquoi, dans leur beauté suprême. Pourquoi les ai-je vus briller r Tu ne veux plus que je les aime, Toi qui me défends d'oublier !

Comme après la douleur, comme après la tempête. L'homme supplie encore et regarde le ciel.

Le voyageur, levant la tète, Vit les Alpes debout dans leur calme éternel,

Et, devant lui, le sommet du mont Rose, Où la neige et l'azur se disputaient gaiment;

Si parmi nous tu descends un moment, C'est là, blanche Diane, où ton beau pied se pose.

Les chasseurs de chamois en savent quelque chose,

Lorsque, sans peur, mais non pas sans danger, A travers la prairie au matin fraîche éclose. On les voit, l'arme au poing, dans ces pics s'engager.

Pendant que le soleil, paisible et fort à l'aise, Brûle, sans la dorer, la cité milanaise.

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