A UNE CHOUETTE
Et si la mort opère Sur la mère ou le père , Leur œil, dans la stupeur, Ne verra plus leur fille Manquer d'une guenille Pour voiler sa pudeur.
Quelle que soit la tète Sur qui ton vol s'arrête, On bénira sop sort ; Dans ce séjour d'alarmes, La vie a plus de larmes Que n'en aurait la mort.
A LA ROSE DU BENGALE
Pouniuoi, sur ta tige attachée.
Briller de si vives couleurs , Tandis que la terre est joncliée De la dépouille de tes sœurs?
A LA ROSE DU BENGALE
Quand tout revêt de pâles teintes, Que le vallon se voit flétrir, Que le vent arrache des plaintes A la feuille qu'il fait mourir;
Quand chaque jour le soleil baisse Et voile son Cront radieux.
Pourquoi troubler cette tristesse Qui règne de la terre aux cieux ?
A ton aspect l'âme est en proie A de pénibles sentiments; Ton existence est une joie Qui se rit des gémissements.
A LA ROSE DU BENGALE
La félicilé solitaire Peul-elle exister sans remord ?
Ah ! quand on est seul sur la terre , Notre refuge est dans la mort.
ËLEGIE.
A l'heure où l'aurore étincelle , Auprès du rivage passanl , L*onde berçait une nacelle Au gré d'un souffle caressant.
i2 ÉLÉGIE.
Au monieot où le jour s'efface , Vers les mêmes bords ramené , Je revis l'esquif à sa place, Les flots l'avaienl abandonné.
Ainsi , morlel , avec mollesse La vague de la volu|»lé Te balance un jour... el le laisse Solitaire et désenchanté.
L'orage couve au sein de nos jours les plus beaux ; La mort ouvre ses bras aux plus riantes choses ; Le basilic habile au bord des claires eaux; Et la vipère au fond de la touffe de rosés.
Lise à l'esprit candide , aux célestes appas , Entrait dans son printemps, confiante et joyeuse; Hélas! la pauvre enfant ignorait qu'ici-bas L'Ame la plus aimante est la plus malheureuse.
Sa beaulé capUva le fils d'ua grand seigneur; Elle prêta l'oreille à de douces paroles ; L'amour n'a rien à lui : le brillanl corrupteur Reçut de vrais serments pour des serments frivoles. Mais bientôt il s'enfuit pour chercher à la cour Alliance plus haute et plus avantageuse ; L'amante délaissée en pleura nuit et jour :
L'âme la plus aimante est la plus malheureuse.
Pour charmer la douleur où son cœur est noyé , Près d'elle on appela ses compagnes cbénes ; Mais , hélas! par les soins de la tendre amitié Les peines de Tamour ne sont pas endormies.
Par les détours secrets que le fleuve déerit. Lise allait tous le» jours solitaire et rêveuse.... Le fantôme adoré restait dans son esprit :
L'âme la plus aimante est la plus malheureuse.
Un soir, on Tatlendait au foyer paternel , Elle ne revint pas à l'heure accoutumée ; Sa famille, plongée en un chagrin mortel , Va demandant à tous sa fille bien-aiméê.
A la triste lueur d'un fanal expirant , Longtemps on explora sa trace ténébreuse :
On ne trouva qu'un schall sur le bord du torrent., L'âme la plus aimante est la plus malheureuse.
Nu) ne la connaissait; mais devant ma demeure Je la voyais passer, toujours à la même heure : Jamais plus beau rayon de la Divinité Sur le profil humain ne s'était reflété.
Mon âme en jouissait sans remords et sans crainte : Plus je la contemplais , plus je la trouvais sainte. Pour ne la point ternir dans mon illusion , Je ne cherchai jamais à connaître son nom ,
18 ËLËGIE.
Afin que rien d'humain ne se mêlât dans elle , Et qu'elle fût pour moi d'origine immortelle. Un jour pourtant» ce jour me fut un jour de deuil , Je ne la revis point passer devant mon seuil ; Hélas! et depuis lors je ne l'ai plus revue, Et ne sais que devint ma charmante inconnue.
Mais sa céleste image est dans mon souvenir : Nul pouvoir ici-bas ne saurait l'en bannir.
Et, touchant de mon luth la corde languissante, Quand je veux évoquer, pour une œuvre naissante , Quelque type idéal du monde des amours, C'est elle qui se lève et qui répond toujours. Exhalez-vous , parfums d'espérance dernière ! Si cette ange exilée est remontée aux cieux , Quand la main du trépas aura clos ma paupière, Mon cœur en aura soif au séjour de lumière , Et la reconnaîtra bien plus tôt que mes yeux.