‹ Poésies nouvellesChapitre 4 sur 23 · LA JEUNE FEMME · texte numérisé non relu

LA JEUNE FEMME

Cependant , ô ma sœur , car le nœud qui nous lie Me permet envers loi d'user d'un nom si cher, Parle , tu me connais : dans le sein d'une amie Le chagrin que l'on verse en devient moins amer.

LA JEUNE VEUVE

Oh ! mon Dieu ! je croyais dans mon âme oublieuse. Que la mort nous laissait reprendre notre foi... Mais non , non : mes aveux te rendraient malheureuse , Ma sœur; mon amitié n'est plus digne de toi.

LA JEONE FEMME.

Achève , ma tendresse implore celle épreuve.

LA JEUNE VEUVE

Ces jours donc , dans la soif de ses enivrements , Je quittai pour le bal mes vêlements de veuve , Et j'y parus , le front orné de. diamanls.

Et le soir, de retour, j'étais devant ma glace , El mes yeux me disaient que j'étais belle encor ; Mais , ô terreur I soudain mon image s'efface , Et je vois apparaître... une lêle de mort !

El son front dépouillé reprend sa chevelure , Ses yeux vides et creux rallument leur flambeau , La chair couvre la joue et refait la fîgure.». Je reconnus les traits d'un époux au tombeau.

Et dans son ironique et funèbre déboire ,

Sa lèvre m'adressa de terribles discours

Que tu n'entendras point... mais, si tu veux m'en croire,

Gardons la foi jurée à nos premiers amours.

Mon père m'appela qu'à peioe il élail jour :

Viens , me dit-ii , aux champs nous irons faire un tour. Prends mon sac et mets-y les rets aux grandes mailles Le temps est magniQque et nous aurons des cailles. Je sautai de mon lit plein d'un joyeux émoi; L'aurore élail alors si nouvelle pour moi !

C'était au mois d'avril , j'étais enfant : cet âge

Voit plus beau le soleil, les fleurs et le feuillage.

Parmi les blés mouillés des larmes du matin,

Nous allions tous les deux , quand , sur notre chemin ,

S'essayant à voler , de la branche d'un saule

Un jeune passereau tomba sur mon épaule.

Mon père le saisit d'une subite main

Et délicatement le glissa dans mon sein ,

Afin qu'il retrouvât la chaleur naturelle

De son nid recouvert par l'aile maternelle ;

Et puis il va sur l'herbe étendre son fllet.

De revoir mon oiseau le désir me brûlait.

Je le retire au jour et l'admire et le baise ,

Laissant mon père au loin chasser tout à son aise.

De retour au logis, j'émiettai de mon pain,

J'instruisis mon captif à le prendre en ma main ,

 venir , en volant au son de ma parole ,

Se percher sur mon doigt, ou bien sur mon épaule,

De son bec turbulent agiter mes cheveux ;

 partager enfin mes repas et mes jeux.

Ma jeune sœur avait , d'une main délicate ,

Festonné pour sa crèle une étoffe écarlate

Qui , dans un suc gluant imbibée a demi ,

Se fixa sur le front de noire doux ami.

emblait lui changer s;

C'était un petit coq, une miniature.

J'en étais fou. Sortant de l'école, le soir,

C'était lui le premier que je voulais revoir. .

En me voyant venir il agitait son aile ;

Sa joie à mon aspect était toujours nouvelle ,

Et moi je redoublais de tendresse et de soin.

Mais un jour , de nos jeux hypocrite témoin,

Le gros chat du voisin d'un coup de griffe enlève

Et met entre ses dents mon malheureux élève.

La foudre ne m'eût pas produit pareil effet :

Sous ce coup accablant je restai stupéfait.

>Iai9 bientôt, saisissant la broche dans ma rage ,

Je suivis le brigand jusqu'au troisième étage,

Où dans un noir grenier , à travers les sarments ,

Aux lueurs de ses yeux, infernaux diamants,

Je le surpris , venant de dévorer sa proie ,

Et se léchant encor dans sa barbare joie.

Mais le monstre en son trou sut si bien se blottir

Que je ne pus jamais l'atteindre et le punir ;

Alors dans ma douleur, ou plutôt ma colère,

J'arrachai mes cheveux et me roulai par terre ,

Et ma mère accourut à mes pleurs , à mes cris ,

Et me dit t « Qu'as-tu donc à pleurer, ô mon fils?

« Pour un sujet plus grarc il faut garder tes larmes j

« La vie aura pour loi de plus rudes alarmes.

« Pour un oiseau perdu faut-il te désoler? »

Mais aucune raison ne put me consoler^

C'est la première mort qui frappe ma pensée ,

Et ma jeune âme en est profondément blessée;

Et depuis lors, mon Dieu ! que d'êtres adorés

Aux besoins de mon cœur ont été retirés !

La face dans les mains de pleurs toutes mouillées ,

Que de fois j'ai subi de funèbres veillées !

Que de fois Tag^^nie, en partant pour les cieux ,

M'a donné le baiser de ses derniers adieux !

Et si notre existence est dans ce que Ton aime ,

Dans la nuit du tombeau que de parts de moi-même !

Dans son isolement, linceul anticipé,

Mon cœur de plus en plus se voit enveloppé ;

Et pour me rendre encor la douleur plus amère

Ces mots, hélas! trop vrais que m'adressa ma mère,

A chaque nouveau deuil viennent se rappeler

A l'esprit de son (ils, qui s'en volt accabler.

Le fleuve impétueux Ta roulé dans son cours ; H n'est plus, il n'est plus! Tenfant de leurs amours, L'enfant de leur désir , l'enfant de leur délice. Je te l'avais bien dit , malheureuse nourrice, Lorsque tu le laissais jouer seul sur le bord , Que nos cygnes un jour lui causeraient la mort.

Jamais avec plaisir mon œil sur le rivage N'a vu sa jeune main caresser leur plumage; Je pâlissais d'effroi quand ces fatals oiseaux Le quittaient brusquement pour sillonner les eaux ; Lorsque, les bras tendus vers la glissante rive, Pleurant, il rappelait leur troupe fugitive, Et que , les trouvant sourds à ses cris douloureux . Il voulait s'élancer pour jouer avec eux , Comme s'il avait eu le secours de leurs ailes Et que sous lui les flots eussent été fidèles!.. Comment vous apprendrai-je , 6 couple infortuné , Le funeste destin de votre premier-né?

Pourrai-je soutenir votre douleur amère , père malheureux ! plus malheureuse mère !

Mon esprit, qui faiblit, mesure avec frayeur, Connaissant votre amour, toute votre douleur. Pleurant un fils perdu , la plainte de la femme Exhale des sanglots qui vous déchirent l'âme , Et cette afiliction est lente à s'endormir.

Pauvre mère ! quels maux il te faudra souffrir ! En rêvant de ton fils , hélas ! ta main avide Fouillera dans sa couche et la trouvera vide , Sentira son berceau , balancé dans la nuit , Léger comme im rameau dépouillé de son fruil ;

El le jour, quand sur Tonde, où leur essaim s'étale, Ces oiseaux , dont la grâce est pour toi si fatale , Viendront à les regards renouveler leurs jeux , Qui peut dire les pleurs qui mouilleront tes yeux ! Oh ! que celui qui tient le suprême dictame Daigne guérir le coup qui va frapper ton âme ; Car du Verbe mortel le son esl impuissant Pour endormir le deuil qu'une mère ressent.

Il faut, dans le secret, aGn qu'il se console, Qu'il entende frémir la céleste parole; Car c'est un océan d'amour et de douleur Dont Dieu seul peut sonder toute la profondeur.

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