‹ Poésies nouvellesChapitre 12 sur 83 · CONTRALTO · texte numérisé non relu

CONTRALTO

On voit dans le Musée antique, Sur un lit de marbre sculpté, Une statue énigniatique 1) une inquiétante beauté.

Est-ce un jeune homme? est-ce une femme, Une déesse, ou bien un dieu ? L'amour, ayant peur d'être infâme, Hésite et suspend son aveu.

Dans sa pose malicieuse^ Elle s'étend, le dos tourné Devant la foule curieuse, Sur son coilssin capitonné.

Pour faire sa beauté maudite, Chaque sexe apporta son don.

Tout homme dit : C'est Aphrodite î Toute femme : C'est Cupidon!

Sexe douteux, grâce certaine, On dirait ce corps indécis Fondu, dans l'eau de la fontaine, Sous les baisers de Salmacis. «

Chimère ardente, effort suprême De l'art et de la volupté, Monstre charmant, comme je t'aime Avec fa multiple beauté !

Bien qu'on défende ton approche, Sous la draperie aux plis droits Dont le bout à ton pied s'accroche, Mes yeux ont plongé bien des fois.

Rôve de poète et d'artiste.

Tu m'as bien des nuits occupé, Et mon caprice qui persiste Ne convient pas qu'il s'est trompé.

40 fiMAUX ET CAMÉES.

Mais seulement il se tninspose, Et, passant de forme au son, • Trouve dans sa métamorphose La jeune fille et le garçon.

Que tu me plais, ô timbre étran<re I Son double, homme et femme à la fois, Contralto, bizarre mélange.

Hermaphrodite de la voix !

C'est Roméo, c'est Juliette, Chantant avec un seul gosier ; Le pigeon rauque et la fauvette Perchés sur le même rosier ;

C'est la châtelaine qui raille Son beau page parlant d'amour; L'amant au pied de la muraille, La dame au balcon de sa tour ;

Le papillon, blanche étincelle.

Qu'en ses détours et ses ébats Poursuit un papillon fidèle.

L'un volant haut et l'autre bas ;

ÉMAUX ET GAMÉES. 41

L'ange qui descend et qui monte Sur Tescalier d'or voltigeant, La cloche mêlant dans sa fonte La voix d'airain, la voix d'argent ;

La mélodie et l'harmonie,

Le chant et laccompagnenAeiil, .

A la grâce la force unie,

La maîtresse emhrassant Taniant î

Sur le pli de sa jupe assise.

Ce soir, ce sera Cendrillon Causant près du feu qu'elle attise Avec son ami le grillon ;

Demain le valeureux Arsace A son courroux donnant l'essor, Ou Tancrède avec sa cuirasse.

Sou épée et son casque d'or ;

Desdemoua chantant le saule, Zerline hernant Mazetto, Ou Malcolm le plaid sur l'épaule, C'est toi que j'aime, o contralto !

Nature charmante et buan-e Que Dieu d'un double attrait para, Toi qui pourrais, comme Gulnare, Être le Kaled d'un Lara,

Et dont la voix, dans sa caresse, Réveillant le cœur endormi, Mélo aux soupirs de la maîtresse î/accent plus mâle de Tami !

CŒRULEI OCULI

Qi

Une femme mystérieuse.

Dont la beauté trouble mes sens, Se tient debout, silencieuse.

Au l)ord des flots retentissants.

Ses yeux, où le ciel se reflète, Mêlant à leur azur amer, Qu'étoile une humide paillette, Les teintes glauques de la mer.

Dans les langueurs de leurs prunelles, Une grâce triste sourit ; Les pleurs mouillent les étincelles Et la lumière s'attendrit.

ii flMAlX ET CAMÉES.

Kt loui*s cils comme des mouettes Qui rasent le flot aplani, Palpitent, ailes inquiètes, Sur leur azur indéfmi.

Oonuue dans Teau bleue et profonde, Où dort plus d un trésor coulé, On y découvre à travers Tonde L'i coupe du roi de Thulé.

Sous leur transparence veixlàlre, Brille parmi le goémon, l/iuitre perle de Cléopàtre Près de Tanneau de Salomon.

La couronne au gouffre lancée Dans la ballade de Schiller, Sans qu'un plongeur l'ail ramassée, Y jette encor son reflet clair.

Un pouvoir magique m'entraîne Vers l'abîme de ce regard, (lomme au sein des eaux la sirène Attirait tiarald Harlagard.

Mon âme, avec la violence D*un irrésistible désir, Au milieu du gouffre s'élance Vers l'ombre impossible à saisir.

Montrant son sein, cachant sa queue, La sirène amoureusement Fait ondoyer sa blancheur bleue Sous Témail vert du flot dormant.

L'eau s'enfle comme une poitrine Aux soupirs de la passion ; Le vent, dans sa conque marine, Murmure une incantation.

(cOb ! viens dans ma couche de naciro, Mes bras d'onde t'enlaceront ; Les flots, perdant leur saveur acre, Sur ta bouche, en miel couleront.

Laissant bniire sur nos têtes, La mer qui ne peut s'apaiser.

Nous boirons l'oubli des tempêtes Dans la coupe de mon baiser. »

Ainsi parle la voix humide

l)e ce regard coriiléeii,

Kt mon cœur, sous l*onde perfide,

Se noie et consomme Tliyrocn.

RONDALLA

Eotaiit aux airs d'impératrice, Colombe au regard de faucon, Tu me hais, mais c'est mon caprice De me planter sous ton balcon.

Là, je veux, le pied sur la borne, Pinçant les nerfs, tapant le bois.

Faire luire à ton carreau morue Ta lampe et ton front à la fois.

Je défends à toute guitare De bourdoimer aux alentours.

Ta rue est à moi : — je la barre Pdur y chanter seul mes amours,

48 ÊNAUX ET GÂNÊË8.

Et je coupe les deux oreilles Au premier racleur de jambon, Qui devant la chambre où tu veilles Braille un couplet mauvais ou bon.

Dans sa gaine mon couteau bouge ; Allons, qui veut de rincamat?

A son jabot qui veut du rouge Pour faire un bouton de grenat?

Le sang dans les veines s'ennuie, Car il est fait pour se montrer ; Le temps est noir, gare la pluie!

Poltrons, hâtez-vous de rentrer.

Sortez, vaillants! sortez, bravaches! L'avant-bras couvert du manteau, Que sur vos faces de gavaches J'écrive des croix au couteau!

Qu'ils s'avancent! seuls ou par bandé, De pied ferme je les attends.

A ta gloire il faut que je fende Les naseaux de ces capitans.

Au ruisseau qui gêne ta marche Et pourrait salir tes pieds blancs, Corps du Christ! je veui faire une arche Avec les côtes des galants.

Pour te prouver combien je t'aime, Dis, je tuerai qui tu voudras :

J'attaquerai Satan lui-même, Si pour linceul j'ai tes deux draps.

Porte sourde. — Fenêtre aveugle !

Tu dois pourtant ouïr nia voix; Comme un taureau blessé je beugle, Des chiens excitant les abois !

Au moins plante un clou dans ta porte :

Un clou pour accrocher mon cœur.

A quoi sert que je le remporte Fou de rage, mort de langueur?

NOSTALGIES D'OBÉLISQDES

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