‹ Poésies nouvellesChapitre 31 sur 83 · LA ROSE-THÉ · texte numérisé non relu

LA ROSE-THÉ

La plus délicate des roses Hst, à coup sur, la rose-thé.

Sou bouton auï feuilles mi-closes De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche Qu'aurait fait rougir de pudeur, En la bitlnant sur la branche, Un papillon trop plein d*ardeur.

Son tissu rose et diaphane De la chair a le velouté ; Auprès, tout incarnat se fane Ou prend de la vulgarité.

Comme un teint aristocratique Noircit les fronts bruns de soleil, De ses sœurs elle rend rustique Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s*en joue, A quelque bal, pour son parfum, La rapproche de votre joue, Son frais éclat devient commun.

Il n'est pas de rose assez tendre Sur la palette du printemps, Madame, pour oser prétendre Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale, Et le sang pur d un noble cœur Qui sur la jeunesse s'étale.

De tous les roses est vainqueur !

C4RMEN

Carmen est maigre, — un trait de bistre Cerne son œil de gitana.

Ses cbeveux sont d un noir sinistre, Sa peau, le diable la tanna.

Les femmes disent qu'elle est laide, Mais tous les hommes en sont fous:

Et l'archevêque de Tolède Chante la messe à ses genoux ;

Car sur sa nuque d*ambre fauve Se tord «n énorme chignoù Qui, dénoué, fait dans lalcôve Une mante à son corps mignon.

Et, parmi sa pâleur, éclate

Une bouche aux rires vainqueurs ;

Piment rouge, fleur écarlate.

Qui prend sa pourpre au sang des cœurs.

Ainsi faite, la moricaude Bat les plus altières beautés, Et de ses yeux la lueur chaude Rend la flanune aux satiétés.

Elle a dans sa laideur piquante Un grain de sel de cette mer D'où j*aillit, nue et provocante, L'acre Vénus du gouffre amer.

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