‹ Poésies nouvellesChapitre 41 sur 83 · ARLEQUIN, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, LE DOCTEUR

ARLEQUIN

Docteur, je suis malade! . . .

LE DOCTEUR

Qu*avez-vous?... Trouvez-vous le vin amer ou fade?

ARLEQUIN

Je le trouve excellent!

LE DOCTEDR.

Et le rôti?

Fort bon!

LE DOCTEUn..

Que vous dirait le cœur en face d'un jambon?

ARLEQUIN

Il me dirait, je crois, d'en couper une trau' he.

LE DOCTEUR

Montrez-moi votre langue. . . Elle est rouge et non blanche. Tout ce diagnostic démontre que le mal, A ne pas en douter, est purement moral.

ARLEQUIN

Voire sagacité pénètre au fond des choses Et va donner du nez droit dans le pot aux roses : Oui, mon mal est moral^ immoral bien plutôt ; Car je suis amoureux de madame Pierrot !

LE DOCTEUR

De cette affection je connais le remède, Tarissez ce flacon, qu'à prix d*or je vous cède, Pour elle votre amour se trouvera guéri , Comme si vous fussiez devenu son mari.

ARLEQUIN

Je n'en crois pas un mot ; cette liqneur vermeille Qui rit dans le cristal à travers la bouteille, Qu'est-ce?

. C'est l'élixir de longue vie.

ARLEQUIN

Eh bien !

Puisque je veux mourir, cela ne me vaut rien.

LE DOCTEUR

Ban! tuez-vous d'abord, et dites qu'on infiltre,

Vous mort, entre vos dents, trois gouttes de mon philtre,

Plus dispos que jamais vous ressusciterez ;

En revenant au jour quel effet vous ferez !

far ce trépas galant Colombine attendrie

Vous tend sa blanche main, avec vous se marie,

Et vous avez bientôt, heureux et triomphants, Comme aux contes de fée, une masse d*enfants!

ARLEQUIN

Grand merci ! si la drogue allait être éventée?... Mais, docteur, dites-moi, par qui fut inventée Cette rare liqueur, dont les philtres si forts Conservent les vivants, rendent la vie aux morts?

LE DOCTEUR

Chez nous, de père en fils, on en sait la recette; Et depuis cinq cents ans nous la tenons secrète.

ARLEQUIN

Vos grands parents alors ont dû vivre bien vieux? Sans doute vous avez encore tous vos aïeux?

LE DOCT£UR

Nous ne pourrions jamais hériter de la sorte! Et, comme de la vie il faut que chacun sorte. Pour n'être pas contraints de nous assonuner tous, C*est chose convenue et réglée entre nous :

Aux vieillards, à cent ans, Télixir se retranche. Et, comme des fruits mûrs, ils tombent de la branche.

ARLEQUIN

C'est très-joli...

LÉ DOCTEUR

)^ Prenez mon flacon . . .

ARLEQUIN

Non vraiment!

Je préfère mourir en véritable amant.

Et je cours me tuer, au seuil de Colombine,

D un coup de coutelas ou bien de carabine.

LE DOCTEUR

Et moi, je vais ailleurs chercher quelque nigaud Qui veuille pour ma fiole échanger son magot.

Le docteur rentre chez lai. Ariequia sort par la gauche. A ce momenl , Pierrot parait au fond du théâtre.

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