‹ Poésies nouvellesChapitre 53 sur 83 · PIEUROT, COLOMBINE, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

PIEUROT, COLOMBINE, LE DOCTEUR

'le docteur.

Quatre, mon fils...

PIERROT

Docteur... vous êtes un vieux drôle Je suis vivant...

LE DOCTEUR

Très-bien ! vous avez bu ma fiole?

PIERROT

Je n*ai rien bu... sinon une souris.

LE DOCTEUR

Alors Vous pouvez vous classer toujours parmi les morts. Galien, Paracelse, Hippocrate, Avicenne, Disent également la pendaison malsaine.

Dans leurs œuvres Ton voit que, le larynx occlus, Le poumon avec Tair ne communique plus ?

L'organe intitulé parenchyme splénique (Car il faut vous parler le langage technique) Se gonfle et du thorax empUt les cavités ; D'un sang fuligineux, le^ méats injectés.

N'apportent au cerveau que trouble et que vertige ; ^ Bientôt la synovie aux jointures se fige.

L'on devient roide et sec comme un pantin de bois, Livide, et dans l'état enfin où je vous vois.

PIERROT

Je prétends que je vis.

LE DOCTEUR

Non.

PIERROT

Si.

COLOMBINE

La chbse est sûre.

LE DOCTEUR

Ce n*est que rêverie et qu'illusion pure...

188 TUÉATRE.

La science est certaine et ne trompe jamais. Ne vous entêtez pas à vivre, étant mort...

PIERROT

Mais...

LE DOCTEUR

Pas de mais.

PIERROT

Cette tape est-elle de main morte?

LE DOCTEUR

Oui.

COLOMBINE, à Pierrot.

Donne-lui plus bas une preuve plus forte.

PIERROT, lui donnant de son pied au derrière.

Cet argument est-il de pied mort?

LE DOCTEUR

Non.

PIERROT

Ces coups, Pour venir d'un défunt, comment les trouvez-vous?

LE DOCTEUR

Fort rudes ; vous frappez à rompre les vertèbres !

PIERROT

Tenez.

J'ai des amis dans les pompes funèbres,

Et si vous m'appliquez des soufflets aussi forts, Je vous fais empoigner par quatre croque-morts.

-* PIERROT. *-

Docteur, pour éviter des gourmades sans nombre, Convenez que je suis un corps et non une ombre.

LE DOCTEUR

Vous êtes bien un corps, j'en conviens.

PIERROT

C'est heureux !

LE DOCTEUR

Être une ombre serait un destin moins affreux.

PIERROT

Je sens, je vois, j'entends, je marche, je respire.

LE DOCTEUR

Oui, c'est le plus fâcheux.

PIERROT

Et que suis-je?

LE DOCTEUR

Un vampire!

COLOMBINE

Un vampire! grands dieux!

Ce teint mat et blafard.

Cette lèTre sanglante, avec cet œil hagard, Tout le dit...

^ COLOHBINE.

S'il allait, pendant que je repose, M'cntr'ouvrir unfe veine et sucer mon sang rose?

LE DOCTEUR

Sans doute il le fera, car c'est le seul moyen

Que les gens de sa sorte aient pour se porter bien.

PIERROT

N'est-il aucun remède, aucune médecine?

LE DOCTEUR

Mon Dieu , si !.. . L*on vous plante un pieu dans la poitrine, L'on vous coupe en quartiers, on brûle vos morceaux. Puis le vent prend la cendre et la jette aux ruisseaux.

COLOMBINE

Quelle horreur ! ... A jamais de vous je me sépare.

PIERROT

Ce procédé me semble un tant soit peu barbare.

LE DOCTEUR

J'en connais un plus doux, qu'on pourrait employer : Certaine potion... mais il la faut payer. •

Avec quoi?

LE DOCTEUR

Vos boutons, gros comme des ampoules, Ont des onces d'Espagne et des ducats pour moules.

PIERROT

Chut!

LE DOCTEUR

Un seul me suffit.

PIERROT

Je vais vous le donner.

COLOHBINE.

Vampire! je me risque à te déboutonner...

Tu ne me fais plus peur, cher Pierrot de mou âme !

Allons, donne un baiser à ta petite femme...

Je te dorloterai, je te bichonnerai...

S'il te manque un bouton, je te le recoudrai. . .

•Elle iui arrache les boutons de son habit.

PIERROT

Fort bien ; mais c'est montrer trop de zèle, peut-clrc. Que les couper soi-même afin de les remettre.

COLOHBINE.

Laisse-moi, dans nies bras, sur mon cœur te presser! Tendre vigne, à l'ormeau laisse-moi m'enlacer i

On entend geindre Arlequini

Humpb !

LE DOCTEUR

Qui peut soupirer et geindre de la sorte?

PIERROT

Est-ce un veau que Ton sèvre?...

COLOMBINE

Un chien mis à la porte?

PIERROT

C'est Arlequin.

COLOMBINE

Qu*a-t-il à pousser ces clameurs?

LE DOCTEUR

Pourquoi s'est-il juché tout là-haut?

ARLEQUIN, à la fonêlre de &a miisOD, qui fuit face au public.

Je me meurs!...

Je suis empoisonné ! . . .

LE DOCTEUR

Bon, je cours à votre aide ; Pour vous réconforter j ai là certain remède !

Non, vous m'achèveriez...

COLOMBINË.

Dites, qu'avez-vous pris, Pour souffrir de la sorte et pousser de tels cris ?

ARLEQUIN, de sa fenêtre.

J'ai bu de l'élixir de lon^^ue vie !.. .

PIERROT

Étrange Effet; la longue vie en mort brusque se change !

COLOMBINE

Malheureux Arlequin!... Qu*avez-vous fait, docteur?

ARLEQUIN, de sa fenêtre.

Tu m'as trompé, tu n'es qu'un gueux, qu'un imposteur !

LE DOCTEUR

Non, mon élixir reste à son titre fidèle, Car vous allez jouir de la vie éternelle !

ARLEQUIN

Je vais mieux : d'un regard de son œil attendri, La belle Colombine aussitôt m'a guéri ! . . . Je descends...

COLOMBINE, lui arrachant encoro un boulon.

Cher Pierrot!...

Encore un qu'elle coupe !

ARLEQUIN, entrant en scène.

Ce tableau clocherait si je manquais au groupe.

COLOMBINE

Vous ne pouvez rester. Pierrot est de retour ; Tachez, l'espoir perdu, d'oublier votre amour... Voyagez, retournez au pays bergamasque.

ARLEQUIN

Mon cœur se fend ! les pleurs ruissellent sous mon masque.

PIERROT

Il ne partira pas ! je ne suis pas jaloux, Ensemble nous vivrons dans raccord le plus doux.

LE DOCTEUR

Grand Pierrot !

ARLEQUIN

Je serai vertueux.

COLOMBINE

Et moi sage.

PIERROT

Un ami très-souvent est commode en ménage. 11 me divertira lorsque je m«nnuierai, Et sera le parrain des enfants que j*aurai.

LE

BASTONNADE EN UN ACTE ET EN VERS, MÊLÉE d'un COUPLET.

PERSONNAGES

Page 1