‹ Poésies nouvellesChapitre 57 sur 83 · GÉRONTE, FRONTIN, MARINETTE · texte numérisé non relu

GÉRONTE, FRONTIN, MARINETTE

GÉBONTE.

Me voilà délivré de ce fieffé vaurien !

11 aura beau crier, je ne lui rendrai rien ; Car comment a-t-il pu, même étant économe.

Moi ne le payant pas, amasser cette somme?

FRONTIN

Il vous a détroussé.

MARINETTE

C'est limpide.

FRONTIN

L'argent Du drôle est vôtre. Un maître un peu moins indulgent L'enverrait, sur la mer, écrire avec des plumes

De quinze pieds, coiffé, dans la crainte des rhumes. D'un superbe bonnet du rouge le plus vif.

MARINETTE

Vous tromper! c'est affreux! Vous si bon! si naïf!

GÉROMTE.

Je suis assez vengé si je n*ai rien à rendre,

Et j'aime autant qu'il aille ailleurs se faire pendre.

PRONTIN.

Très-bien! mais vous voilà sans valet maintenant.

"GÉRONTE

Sans valet, tu l'as dit. revers surprenant?

Un homme comme moi sans valet ! Quelle hoftte !

FRONTIN

De sél augustes mains, certes, monsieur Géronte Ne peut pas, aux regards des voisins ébaubis. Peindre en noir sa chaussure et battre ses habits.

GÉRONTE

Non; l'on ferait sur moi cent brocards, cent risées.

MARINETTE

Qui suifera, le soir, vos boucles défrisées?

GÉRONTE

Dans quel gouffre de maux suis-je tombé, grand Dieu!

MARÏNETTE.

Qui viendra, le matin, vous allumer du feu?

GÉRONTE

Je me sens affaissé. . . la tristesse me gagne;

Âh ! Champagne, mon bon, mon fidèle Champagne,

Tu me manques !

FRONTIN

Un sot!

HARINETTE.

Cn ivrogne !

FRO.NTIN.

Un voleur !

GÉRONTE

D'accord; mais, s'il volait, j'étais le receleur; Et, désormais, le fruit de ses... économies, H le déposera dans des mains ennemies.

FRONTIN

C'est vraiment douloureux ; mais, puisqu'il est chassé, N'y pensez plus.

GÉRONTE

Par qui sera-t-il remplacé?

Hélas!

FRONTIN

Par moi.

MARINETTE

Par moi.

GÉRONTE

Frontin ou Marinelte? Quel choix embarrassant !

FRONTIN

Monsieur, je suis honnête, Actif, intelligent, mangeant peu, buvant moins.

MARINETTE

Pour un maître, monsieur, j'ai mille petits soins : Je bassine son lit, je chauffe ses pantoufles. Je lui tiens son bougeoir, je lui fais...

FRONTIÎï.

Tu t'essouffles, Ma chère! Laisse-moi la parole un moment.

Si je m'offre, monsieur, c'est par pur dévouement; Je ne veux rien de vous, rien, ou fort peut de chose : Vingt écus !

GÉRONTE

Ce garçon plaide fort bien sa cause.

Je te prends.

MNRINETTE.

Quinze écus, et l'honneur d'être à vous.

De me^ peines seront un loyer assez doux ; Car je sers pour la gloire.

GÉRONTE

Elle est, ma foi, gentille ;

J*aiine sa bouche en cœur et son œil qui scintille. Je te prends.

Dix écus, monsieur, me suffiront.

GÉRONTE

Je te retiens.

HABINETTE.

Monsieur, ne soyez pas si prompt.

Je tiens plus, près d'un maître, aux égards qu'au salaire. Donnez-moi cinq écus, et Je fais votre affaire.

•GÉRONTE

C'est conclu, Marinette.

FRONTIN

Une minute; moi, Je ne demande rien du tout !

GÉRONTE

Alors, c'est toi Que je choisis.

MARINETTE

Je fais de plus grands avantages :

Au lieu de moi, c'est vous qui recevrez des gages, Et je vous donnerai cent pistoles par an !

GÉRONTE

Ce mode est le meilleur. Marinette, viens-t'en.

FRONTIN

J'offre deux cents!

Trois cents !

TRONTIN.

Les profits !

VARINETTE.

La défroque!

GÉRONTE, à part.

Tant de zèle à la fin me paraît équivoque :

Et quel but peut avoir un tel acharnement?

MARINETTE

Ne vous empêtrez pas d'un pareil garnement.

FRONTIN

Par bonté d'âme il faut que je vous avertisse...

MARINETTE

Vous allez, avec lui, prendre à votre service Une collection de penchants dissolus.

FRONTIN

Elle a tous les défauts, et quelques-uns de plus !

GÉRONTE

Au fait, elle a bien Tair d'une franche coquine.

FRONTIN

C'est sa seule franchise.

Et lui, voyez sa mine, Son œil d'oiseau de proie et son teint basané : C'est un coupe-jarret authentique et. . . signé »

GÉRONTE

Marinette, Frontin, je vous crois l'un et l'autre ; Et mr chacun de vous mon avis est le vôtre.

Mon choix entre vous deux hésite suspendu ; Aussi, tout bien pesé, bien vu, bien entendu, J'aime encor mieux Champagne, et vais à sa reclierche Dans le cabaret louche oii d'ordinaire il perche.

Il sort.

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