CARNAVAL
Venise pour le bal s'habille.
De paillettes tout étoile, Scintille, fourmille et babille Le carnaval bariolé.
Arlequin, nègi^e par son masque, Serpent par ses mille couleurs, Rosse d'une note fantasque Cassandre son souffre-douleurs. -
battant de l'aile avec sa manche Comme un pingouin sur un écueil, Le blanc pierrot, par une blanche, Passe la tête et cHgnc l'œil.
Le docteur bolonais rabâche Avec la basse aux sons traînés,
n ÉMAUX ET CANÉKS.
Polidiinelle» qui se fiche.
Se trouve une croclie pour nez.
Ueui'tant Trivelin qui se mouch« Avec un trille extravagant, A ('olombine Scaramouche Rend son éventail ou son ganl.
Sur une cadence se glisse Un domino ne laissant voir Qu'un malin regard en coulisso Aux paupières de satin noir.
Ali ! ihie barbe de dentelle, Que fait voler un souille pur, Cet arpège m*a dit : C'est elle !
Malgré tes réseaux, j'en suis sur.
Et j'ai reconnu, rose et fraiclie, Sous l'aiïreux profil de carton, Sa lèvre au fin duvet de pêche, Et la mouche de son menton.
CLAlk DE LUNE SENTIMENTAL
A travers la folle risée Que Saint^Marc renvoie au Lido, Une gamme monte en ftisée, Gomme au clair de lune un jet d'eau.
A Tair qui jase d un ton bouiîe Et secoue au vent ses grelots, Un regret, ramier qu'on étoufl'e, Par instant mêle ses sanglots.
Au loin, dans la brume sonore, Comme un rêve presque efface.
J'ai revu, pâle et triste encore, Mon vieil amour de Tan passé.
Mon âme eu pleurs s'est souvenue De l'avril, où, guettant au bois
2U ÉMAUX ET'CANÉES.
La violette à sa venue,
Sous l'herbe nous mêlions nos doigta
Cette note de chanterelle, Vibrant comme l'harmonica, C'est la voix enfantine et grêle, Flèche d'argent qui me piqua.
Le son en est si faux, si tendre, Si moqueur, si doux, si cruel, Si froid, si brûlant, qu'à renteudre On ressent un plaisir mortel,
Et que mon cœur, comme la voûte Dont l'eau pleure dans un bassin, Laisse tomber goulte par goutte Ses larmes rouges dans mon sein.
Jovial et mélancolique, Ah ! vieux thème du carnaval Où le rire aux larmes réplique, Que ton charme m'a fait de mal 1