‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 1 sur 77 · H. DE LATOUCHE · texte numérisé non relu

H. DE LATOUCHE

Des feux du soir l'horizon se colore ; J'entends gronder un tonnerre lointain ; L'air embrasé semble irriter encore

Ce mal brülant qui dévore mon sein.

Un bruit, un mot, tout accroît mon martyre :

Epoux, amis, éloignez-vous de moi ; Que mon désir ne cause point d’effroi,

Seule un moment il faut que je respire.

cp TPE

ÿ | Le.

LA JEUNE MERE MOURANTE

Fuis avec eux, feinte sérénité,

Dont ma pitié rassurait leur tendresse ; Aux jours éteints de ma courte Jeunesse

Je puis du moins donner en liberté

Ces pleurs furtifs que répand ma faiblesse :

En paix du moins je contemple ces lieux Où se jouaient mes riantes années,

Et dont l'aspect, doux encore à mes yeux, Me promettait tant d'heures fortunées.

Oui, c'en est fait; de son soufile mortel

Le dernier jour glace mon front livide ; J'entends le bruit de son aile rapidæ

Elle m’apnorte un sommeil éternel.

Vous pleurerez, vous dont j'étais chérie ; Mais, en fuyant, le temps consolateur

Ne laissera dans votre ame attendrie Qu'un souvenir qui n’est pas sans douceur.

Oui, de nos pleurs l’âge tarit la source; Les maux passés sont des rêves confus; Les ans jaloux entraînent danëleur course Les derniers vœux de ceux qui ne sont plus.

Et toi, ma fille, à mon amour si chère,

LA JEUNE MERE MOURANTE

Tu connaîtras de précoces douleurs :

Quand vainement tu chercheras ta mère, Quelle autre main saura sécher tes pleurs?

Ciel! qu’ai-je dit? Moi, de toi séparée!

Au doux aspect de tes traits ingénus, Au son naïf de ta voix adorée, n Mes sens glacés cesseraient d’être émus!

Je ne pourrais, à l’âge où se déploie

De la raison la première clarté,

Voir à la fois, palpitante de joie,

Naître ta grâce et fleurir ta beauté!

Et des plaisirs quand l’amorce traîtresse Viendra s'offrir à ton cœur sans détour,

Je ne pourrai diriger ta jeunesse,

Et l’entourer d’un inquiet amour...

O désespoir! à crainte déchirante!

De quels tourmens vous aggravez mon sort!

Pour toi, ma fille, alarmée et tremblante, Puis-je avec calme envisager la mort?

Foi consolante! Espérance sacrée :

Soyez l'appui de mon ame égarée;

10 LA JEUNE MERE MOURANTE

Dans ses terreurs venez la soutenir,

Et révélez cet obscur avenir!

Dieu! quelle paix subite, inattendue,

À mes accens des cieux est descendue!

N’entends-je pas retentir dans Les airs

Les premiers sons des célestes concerts ?

Transports sacrés de la gloire immortelle, De mon enfant ne me séparez pas;

Des lieux divins je puis veiller sur elle, La suivre encore, et guider tous ses pas!

Oui, Dieu puissant, je le crois, je l'espère, Je deviendrai son ange protecteur;

Ah! cet espoir, dans le cœur d’une mère, Peut ajouter à l’éternel bonheur.

Je ne crains plus votre pâle lumière, Entourez-moi, mystérieux flambeaux ; Sombres apprèêts, précurseurs des tombeaux, Venez veiller à ma couche dernière.

Ministres saints, humbles consolateurs,

Prêtez l'oreille à ma voix presque éteinte ;

LA JEUNE MERE MOURANTE

Que votre bouche efface mes erreurs,

Et de mon front approchez l'huile sainte.

Mort, prends ta proie ; et vous, hymnes pieux,

Accompagnez mon ame dans les cieux.

L'Étoile

DE

Page 1