CHANT D'UNE JEUNE ROMAINE
Ceux même à qui Germanicus était inconnu le pleureront. racre. Traduction de Dureau de Lamalle.
Je
AS
Pourquor des anciens Jours réveiller la mémoire ? Ma voix sufhrait-elle à leur immense gloire?
Laissez, laissez dormir les antiques douleurs,
Ne forcez point mes yeux à se mouiller de pleurs.
Parti du fond de la Syrie, Quel cri d’effroi glace nos cœurs ?
O mort, ton aveugle furie Est le signal de nos malheurs!
Il est tombé l’espoir de la patrie,
Germanicus, nom désormais sacré,
il L 66 GERMANICUS.
Germanicus, héros trop tôt pleuré, ju Tu meurs; tes amis en silence Recueillent ton dernier soupir,
Et ce mot, vengeance, vengeance !
Retentit dans leur souvenir.
Déjà la publique colère
Dénonce tout bas le poison,
Préparé des mains de Tibère,
Versé par les mains de Pison.
Tremble, Pison, le châtiment s'apprête :
Îls sont courts tes honteux honneurs ; Bientôt pour apaiser d’importunes terreurs Ün maître soupconneux demandera ta tête.
Tel l'assassin épouvanté
Craint jusqu'aux instramens funèbres,
Ministres de sa cruauté,
Et seul, fuyant dans les ténèbres,
Brise son glaive ensanglanté.
Quelle est la nef aux flanes agiles |
Qui sillonne l’azur des flots ?
GERMANICUS
Du sein de ses voiles mobiles
S’exhalent de plaintifs sanglots ;
Hélas ! ce navire funeste,
Mais cher aux Romains attendris, a Du grand Germanicus porte tout ce qui reste : (uit
Ses cendres, sa veuve et ses fils!
| Peuple, cours au rivage; et toi, belle Italie,
| Recçois avec respect ces funèbres trésors !
Aux transports douloureux qui seuls l’ontaceueillie L’épouse du héros a reconnu tes bords.
| Vainement de ses maux on voudrait la distraire, Attirer ses regards vers la terre abaissés,
| La soulager du poids de l’urne funéraire,
ü au soin ae ses 1 S autour d'eile >ressés ; Ou d le ses fils autour d'elle }
L'intérêt puissant qu’elle inspire AAALE | Flatte son altière douleur, Et la fierté qui sur son front respire
Semble l’orgueil de son malheur. D
Déjà la cité souveraine
Ouvre ses immortels remparts ;
68 GERMANICUS
Restes d’un demi-dieu, déjà de toutes parts
S’élève à votre aspect une clameur soudaine.
Orateurs, Magistrats, Pontifes, Sénateurs, Laissent l'autel désert, l'échafaud sans licteurs;
Au deuil universel leurs tristes voix s’unissent,
La Tribune se tait, les feux sacrés pâlissent,
Les chants religieux suspendent leurs acc ords ; Ces cris d’un peuple entier qui redemande un pére, Dans le fond du palais où se cache Tibère,
Éveillent les remords.
Romains, laissez couler vos larmes :
Qui vous rendra jamais les biens que vous perdez? Ces jours trop peu connus d’un règne sans alarmes, En vain aux Dieux jaloux trop souvent demandés ê Rome, si de l’objet de sa douleur profonde
Elle eût reeu les lois, Aurait connu dès-lors ces délices du monde
9 > ° DR | Qu'on ne vit qu'une fois!
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Cy gist amors qui bien amer faysait,
Li faulx amans l'ont jeté hors de vie:
Amors vivant n’est rien que tromperie, Por franc amors, priez Dieu, s’il vos plaist.