ALFRED DE VIGNY
Connaissez-vous ces monts, dont la tête immobile
Oppose son silence au bruit des flots mouvans ?
Au sein de leurs rochers est un pieux asile
Cher aux êtres souffrans.
C’est là que chaque jour de fervens solitaires À la Reine du ciel répètent dans leurs vœux : « Espoir des aflligés, recours dans nos musères,
Sauvez les malheureux !»
Par le sentier rapide, une jeune inconnue, Jusqu'à ce toit sacré parvint avec effort.
Là, ses regards erraient sur la vaste étendue
Dans un muet transport.
Elle considérait la roche menaçante,
Les ruisseaux fugitifs, l’immensité des mers,
Les gazons, la chapelle; et sa voix gémissante S’exhalait dans les airs.
Le souffle du midi, le bruit lointain des ondes,
Se mêlaient tour à tour à ses tristes aCCCnS ;
Etle pasteur, guidant ses chèvres vagabondes, À retenu ces chants :
« Le bonheur fuit les pas de l’humble voyageuse; L'image de mon sort me suit dans ces déserts. Mes jours sont agités, ma vie est orageuse,
Comme ces flots amers!
»Sur mes traits abattus, où la douleur est peinte,
De l’âge qui me luit on cherche en vain la fleur ;