‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 25 sur 77 · LA MÈRE · texte numérisé non relu

LA MÈRE

M Revenez, revenez, songes de ma jeunesse, Eclatez nobles chants, lyre, réveillez-vous ! Je puis forcer la gloire à tenir sa promesse ; Recueillis pour mon fils ses lauriers seront doux. Oui, je veux à ses pas aplanir la carrière, À son nom, jeune encore offrir l'appui du mien, Pour le conduire au but y toucher la première, Et tenter l’avenir pour assurer le sien.

L'ANGE

Vois ce berceau, ton enfant y repose ;

Tes chants hardis vont troubler son sommeil ;

T’éloignes-tu ? ton àbsence l’expose À te chercher en vain à son réveil.

Si tu frémis pour son naissant voyage, De sa jeune ame exerce la vigueur; Voilà ton but, ton espoir, ton ouvrage; : | Mère, crois-moi, je conduis au bonheur. Li LA VIEILLE FEMME.

L'hiver sur mes cheveux étend sa main glacée, Il est donc vrai ! mes vœux n’ont pu vous arrêter, Jours rapides ! et vous, pourquoi done me quitter, Rèves harmonieux qu'enfantait ma pensée?

Hélas ! sans la toucher, j'ai laissé se flétrir La palme qui m'offrait un verdoyant feuillage, Et ce feu, qu’attendait Le phare du rivage, Dans un foyer obseur je l’ai laissé mourir.

L'ANGE

Ce feu sacré renfermé dans ton ame S'y consumait Loin des profanes yeux ; Comme l’encens offert dans Les saints lieux, Quelques parfums ont seuls trahi sa flamme.

D'un art heureux tu connus la douceur,

Sans Végarer sur les pas de la gloire;

Jouis en paix d’une telle mémoire ; Femme, crois-moi, je conduis au bonheur.

Je sens pâlir mon front, et ma voix presqu'éteinte Salue en expirant l'approche du trépas. D’une innocente vie on peut sortir sans crainte, Et mon céleste ami ne m'abandonne pas.

Mais, quoi ! ne rien laisser après moi de moi-même ! Briller, trembler, mourir comme un triste flambeau ! Ne pasléguer du moins mes chants à ceux que j'aime, Un souvenir au monde, un nom à mon tombeau !

L'ANGE

Il luit pour toi le jour de la promesse,

Au port sacré je te dépose enfin,

Et près des cieux ta coupable faiblesse

Pleure un vain nom dans un monde plus vain.

La tombe attend tes dépouilles mortelles ;

L'oubli, tes chants: mais l'ame est au Seigneur ;

L'heure est venue, entends frémir mes ailes,

Viens, suis mon vol, je conduis au bonheur !

CS

£a Porste.

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