LA POESIE
O que son culte est pur, que sa voix est puissante, Quand elle instruit tout bas une muse naissante ! Alors l’ardent espoir d’un succès incertain,
Ou l’inquiet souci d’un avenir lointain
Sont ignorés encore ; et l’ame qu’elle inspire
Est émue ou calmée au seul son de la lyre.
Tout lui parle, la touche, et fait naître ses chants : Le réveil d’une fleur, parure de nos champs,
La plainte d’un oiseau, sous l’ombrage égarée, Les feux tremblans, épars dans la voûte azurée, Et l'automne, où la terre est prête à s’assoupir, Où les vents à son deuil mêlent un long soupir,
Et les feuilles des bois aux premières gelées,
En légers tourbillons dans les airs envolées : Vagues émotions, doux et rêveurs loisirs,
Le poëte chérit vos innocens plaisirs !
C’est alors que parfois, au souflle de la Muse, Apparaît tout-à-coup une image confuse;
Sa beauté, par degrés, dévoilée à nos yeux, Se revêt mollement d’un vers harmonieux,
Et la rime bientôt, sonore et cadencée, S’éveille, et sans effort s’enchaîne à la pensée.