‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 42 sur 77 · BYRON · texte numérisé non relu

BYRON

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SOLEIL, tu disparais sous l’aile de la nuit, Et mon triste regard vainement te poursuil.

Demain ces monts d'azur te reverront en core ; Mais Julia demain ne verra pas l’aurore.

De mes jours languissans, que la douleur flétrit, La flamme vacillante à chaque instant pâlit.

Tu m’entendras, Ô toi redoutable Déesse ;

Tu béniras encor ta mourante prêtresse.

Ecoutez, vous, échos des bois religieux,

Qui répondiez souvent à mes hymnes pieux ;

Recueillez maintenant, au milieu des ténèbres, Les soupirs fugitifs de mes accens funèbres.

À mon hymne de mort prêtez quelque douceur,

Car mon dernier moment estmon premier bonheur.

« Descends des cieux, heure silencieuse, Le front voilé, tu conduis sur tes pas, Le long sommeil, la paix mystérieuse.

Je te salue, heure de mon trépas !

Quel Dieu cruel nous condamne à la vie Quand le bonheur ne doit pas l'embellir, Quand aux soucis elle reste asservie, Quand nous naissons pour pleurer et mourir à Tel fut mon sort. Ma solitaire enfance N'a point connu les baisers maternels ; Un deuil profond désola ma naissance :

Mes jeunes ans dévoués aux autels,

Se sont enfuis dans l'ombre et le silence.

Tel quelquefois, sous un ciel rigoureux, Passe sans joie un printemps nébuleux.

Ainsi de vous s’éloignait l’allégresse,

Jours solennels de ma courte jeunesse !

Un sort lointain d’une vague terreur, Troublait ma vie et glaçait ma pensée ;

Et la douleur dans mon ame bercée,

Pour s’éveiller attendait le malheur.

Le malheur tonne, et son court sommeil cesse; Sa froide haleine effeuille ma jeunesse.

La tombe ouverte attend mes derniers pas ; Mais son repos est doux à ma misère ;

J'irai dormir à côté de mon père,

Je te salue, heure de mon trépas!

Unique objet de qui j'étais chérie,

Unique amour qu’on permit à mon cœur, O de mes jours cher et funeste auteur, Tous mes efforts n’ont pu sauver ta vie!

Ta mort du moins de la mienne est suivie Et cet espoir console ma douleur.

O Cœcina ! tes fureurs satisfaites,

M'ont vue en vain pleurant à tes genoux, Humilier les saintes bandelettes

Sans adoucir ton superbe COUTTOUX.

CE

Juge inflexible, un juge plus sévère,

Saura partout t’atteindre et te punir :

Romain cruel, tu m'as ravi mon père,

Mais ta rigueur ne peut nous désunir.

Je reconnais son ombre glorieuse,

Qui chez les morts, de loin me tend les bras. Hâte ta marche, heure silencieuse,

Heure sacrée, heure de mon trépas !

Quelle voix sombre incessamment m'appelle?

Je vois déjà la fatale nacelle,

Elle s’'avance..… Adieu, temple sacré, Portiques saints, autels où j'ai pleuré,

Parés de fleurs par mes mains moissonnées, Et que mes yeux ne verront point fanées!

Monts escarpés, rochers, flambeaux des Cieux, Et vous échos, recevez mes adieux!

Ne pleurez point, 6 mes Jeunes compagnes, En confiant ma tombe à ces montagnes.

Je touche au port, et ma mourante main, Suspend aux murs du sacré sanctuaire

Ces saints bandeaux, ce vêtement de En,

Derniers tributs d’un voyage éphémère.

Quel froid mortel !... quelles ombres! la nuit Autour de moi se glace et s’épaissit….

Ce vent léger que mon front sent à peine...

Aube riante! est-ce ta fraîche haleine ?.… Du jour naissant tu devances les pas ; de Il va briller... je ne le verrai pas.

Je sens déjà ton aile ténébreuse, ji | C’est toi... salut, heure silencieuse, ja

Heure sacrée, heure de mon trépas!... »

Est-ce encor Julia qui doucement soupire ?

Non, c’est le dernier son échappé de sa lyre

; PI ne Et comme elle expirant, ce bruit harmonieux, S’affaiblit par degrés et se perd dans les cieux... Le souffle matinal efface les étoiles

Et de la sombre nuit repousse au loin les voiles ; ju Sur les monts azurés l'aurore luit..….. hélas!

N’avait-elle pas dit : « Je ne la verrai pas!»

N)2 Pie

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