‹ Poésies Par Madame Amable TastuChapitre 55 sur 77 · ÉRINNE · texte numérisé non relu

ÉRINNE

Heureuse, Ô jeunes Lesbiennes, La prêtresse du dieu des vers, Dont les vierges Aoniennes, Seules, inspirent les concerts.

Heureuse celle qui sommeille de Avant le moment où s’éveille 1 L'erreur, mère des longs regrets.

Celle-là meurt digne d'envie, Qui laisse après soi dans la vie

Des chants purs comme ses attraits.

Pleurez, vierges, pleurez la fille de la lyre, Qui redemande en vain d’un noble et pur délire

Le songe évanoui ;

CHANT DE SAPHO

Celle, pour qui la honte à la gloire est unie, Qui de tout son bonheur a payé son génie, Et n’en à point joui ; Celle qu’atteint l'envie et sa langue mortelle : Mais ce n’est point Érinne, hélas ! ce n’est pas elle!

Chaste vierge, nouvelle amante, L'hymen réclamait ses appas, Et j'ai vu sa tête charmante - Flétrie au souffle du trépas.

Brisant ta chaîne commencée,

De ton sort, belle fiancée,

Pass

Si Pluton se montre jaloux, Du moins ton ombre consolce

Sentira sur le mausolée

Tomber les pleurs d’un jeune époux.

se Le ee ho —

Celle qu'il faut pleurer, autrefois sans rivale,

À cherché le bonheur à la clarté fatale

CHANT DE SAPHO

| De l’amoureux flambeau.

(Elle aima sans mesure, et ne fut point aimée.

| Du courroux de Vénus, lentement consumée, | Es. :

Ou ne la suivra point une larme fidèle.

Elle marche au tombeau, Non, ce n’est point Erinne, hélas! ce n’est pas elle,

| Elle a passé comme l’aurore | Qui fuit au sommet des côteaux,

| Comme la voix triste et sonore

| Du cygne entraîné par les eaux, | Comme la fleur de Cythérée,

| Quand les heures de la soirée

| Découronnent son front vermeil, Ou comme la source argentée, Dont l’eau faiblement agitée,

S’épuise aux rayons du soleil.

Celle qu'il faut pleurer, celle-là souffre encore;

Mais elle attend son heure, et peut-être l’implore. Elle a vu dans la nuit,

Sur son lit qu'entouraient de sinistres présages,

246 CHANT DE SAPHO

Les Muses tristement pencher leurs beaux visages! Et quand le jour s'enfuit,

Il sort des flots glacés une voix qui l'appelle.

Non, ce n’est point Erinne, hélas! ce n’est pas elle

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Le Printemps.

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