FRAGMENS DU POÈME D’ÉRINNE
Ces fragmens forment deux pièces complètes ;
J'ai cru pouvoir les insérer dans ce volume d’autant que le poëme n’est pas destiné à être achevé.
Érinne, jeune poëte grecque, contemporaine de Sapho, est auteur de quelques pièces fugitives, et d’un poëme intitulé Le Fuseau qui n’est point parvenu jusqu'à nous, mais dont les vers ont été, par quelques auteurs, comparés à ceux d’Homère. Cètte jeune Muse mourut à dix-meuf ans au moment de se marier. Asclépiade, Léonidas, Antipater de Sidon et plusieurs autres poëtes, en déplorant sa mort prématurée, ont célébré à l’envi ses talens, sa beauté, sa modestie, son goût pour la retraite et pour les travaux de son sexe. Ces biographes remarquent que sa liaison avec la célèbre Sapho ne porta aucune atteinte à sa réputation.
Et si ton père un Jour cherche en vain dans ton cœur
Ce généreux secret qui seul le rend vainqueur.
Un capitaine anglais demandant à Canaris s’il avait quelque secret particulier pour préparer ses brûlots : « Mon secret est ici, » répondit Canaris en posant la main sur son cœur.
2e FAC L’inexorable mort les décime à son tour.
Ici se trouvaient quelques vers consacrés au général Foy dont j'appris la perte au moment où j'écrivais cette pièce. Des avis auxquels j'ai dù céder m’ont engagée à les supprimer, comme nuisant à ensemble du morceau. Je les reproduis ici, tout faibles qu’ils sont, à cause de l'hommage qu'ils contiennent, et que j aurais laissé à la place qu'il occupait, füt-ce au détriment de mes vers, si je
n'avais consulté que moi.
Hélas ! elle a fermé ces lèvres courageuses Qu'illustraient des partis Les luttes orageuses ! Tribune où se débat le droit des nalions, Ce cœur ne battra plus sous tes émotions !
Silence admirateur, tumultueux murmure, Vous n’accueillerez plus cette voix libre et pure! Jamais le monde encor n’entendra sur ses pas Courir ce bruit flatteur qui le nommait tout bas, Ne verra les regards d'une ardente jeunesse D'un hommage muet l’environner sans cesse , Et la foule pressée ouvrir à son aspect Ce passage soudain que frayait Le respect !
Triomphe mérité! gloire digne d'envie !
Couronne, noble prix de cette noble vie, Où l'essor du talent n’est point vague et sans fruit, Où des mots éloquens ne sont point un vain bruit, Où parler c'est agir, où le génie et l'ame Utilisent l'élan de leurs ailes de flamme, Où le don d'émouvoir peut prétendre à l'honneur
De nous hâter d’un pas vers le commun bonheur!, Tu le sais, toi qui dors sur la couche éternelle ! De tes nobles amis le cortége fidèle
Compte, le cœur en deuil et les yeux obscurcis, Quel vide tu laissas dans leurs rangs éclaircis :
Et ceux qui, du pouvoir instrument arbitraire, Opposaient à à tes vœux leur nombre mercenaire N'osent, libres enfin de cette autorité
Que prêtait à ta voix l’austère probité,
S'applaudir de l’ espoir que la mort leur envoie. Et tout bas tr iomphans rougissent de leur joie.