‹ Poésies parisiennesChapitre 49 sur 71 · AVOIR TOUJOURS VINGT ANS · texte numérisé non relu

AVOIR TOUJOURS VINGT ANS

Evoquer des déserts la pauvre Poésie, Et baisant ses beaux yeux qui semblent supplier, Lui faire de son âme un temple hospitalier, Et, quand elle nous jette au cœur sa fantaisie, La suivre au bout du monde en loyal chevalier;

Accepter son exil, partager son martyre,

Sans tragique amertume et sans airs langoureux,

Défier tous les sots d'un chant aventureux,

Et leur laisser comprendre aux accents de sa lyre

Que la muse immortelle aime son amoureux !

Unir dans ses pensers l'action et te rêve,

Ces frères désunis par la réalité ;

A l'idéal de l'art mêler l'humanité;

Et, lorsqu'au firmament notre regard se lève,

Y chercher ton étoile, ô vierge Liberté !

Comme un spectre maudit chasser l'indifférence, Demander une foi même aux Dieux inconnus; Se jeter en chantant parmi les glaives nus, Pour un des rubans^verts que nous tend l'espérance, Et retrouver la clef des paradis perdus !

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