‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 30 sur 76 · LE SOC ET LE SILLON · texte numérisé non relu

LE SOC ET LE SILLON

A JULEtf ARMINGAUD.

Le fer tranchant du soc s'enfonce clans la terre Pour préparer son sein à la fertilité ,

Mais le sillon prend un ton irrité

Et méconnaît ce pouvoir salutaire :

(t Oh! maudit soit, dit-il, le brutal instrument, • « Dont le déchirement « Me fait souffrir un long martyre !

« Les germes qu'il extirpe auraient bien pu sulTire « Au laboureur : pourquoi tant de rudes travaux? « Et qu'avais-je besoin de ces tourments nouveaux?) Le soc lui dit: « Sillon, respecte ce mystère: « Ces germes, par mon fer arrachés do la terre, « L'an passé sont éclos au soleil de l'été : '( Après avoir produit l'abondante récolte, « Ils ont été frappés par la stérilité ; <( Cesse donc, ô Sillon, cette vaine révultc, « Et laisse-moi creuser en paix le lit profond <c Où le germe nouveau va devenir fécond! »

Lorsque ridée, au sein d'une époque stérile. Comme le fer du soc ébranle un sol glacé , Le monde souffre, il craint la semence virile Et préfère le germe infécond du passé.

Mais l'homme de génie , interrogeant rcs])ace. Gomme le laboureur voit le printemps venir, Et du progrès jette le grain vivace Dans le Sillon de l'Avenir!

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