I.E PRATICIEN
Il pétrissait l'argile.
DEUXIÈME OUVRIER
Ah! c'était un potier!
LE PRATICIEN
Oui, c'était un potier!
Mais il sut jusqu'à l'art élever son métier:
Savant, physicien, écrivain, agronome Et chimiste à la fois!
Universel ?
DEUXIEME OUVKIER.
Mais c'était donc un homme
PREMIER OUVRIER
11 eut donc des maîtres fameux?
LE PRATICIEN
Un seul
TROISIEME OUVRIER
Des livres?
LE PRATICIEN
Un seul : il est sous vos yeux, Livre éternel, ouvert à toute créature.
Son maître, c'était Dieu ! son livre, la nature ! Livre et maître seuls vrais pour qui conserve en soi La ferveur du travail, la ferveur de la foi ; De l'art et du progrès les glorieux apôtres, Les esprits inspirés n'en ont jamais eu d'autres. Le livre dit aux yeux : Regarde, tu verras ! Le maître dit au cœur : Cherche, tu trouveras !
Car le regard, c'est la lumière, C'est un miroir intelligent Où la création entière Réfléchit son tableau changeant;
Il embrasse toutes les ehoses,
Des effets il remonte aux causes,
Puis, quand ses paupières sont closes.
Par un phénomène nouveau
L'image en lui reste fixée,
Nette, précise, condensée.
Et fait éclore la pensée
Dans les profondeurs du cerveau.
Le cœur, c'est la flamme éternelle, C'est le levier du travailleur ; Il brise l'obstacle rebelle, Il rend fort en rendant meilleur ; C'est un intime sanctuaire Où l'àme vit dans le mystère, Où l'iniquité de la terre A toujours vainement heurté ; La vertu veille à sa défense.
Sa lampe d'or, c'est la science.
Son rempart, c'est la conscience.
Et son gardien, la dignité.
Science, dignité, force, vertu, courage,
Il trouva tout en lui: courbé sur son ouvrage.
Travailleur et martyr, il réussit enfin,
Malgré l'isolement, l'ignorance et la faim.
Maintenant, à prix d'or, du rustique manœuvre
Les princes, les banquiers s'arrachent les chefs-d'œuvre
Que la gloire et le temps ont consacrés pour eux!
i'iQ PALISSY
TROISIÈME OUVRIER
Ils sont riches !
LE PRATICIEN
C'est vrai! mais nous avons bien mieux! Voulez-vous honorer Palissy, notre ancêtre? Oui ?... Cherchons à comprendre, à savoir ; tâchons d'être Comme lui dévoués au progrès, au labeur, Robustes par le bras, robustes par le cœur !
QUATRIÈME OUVRIER, uu deuxième.
Il a raison, morbleu! l'ancien!
IiEUXlÈME ouvrier!
Eh oui! sans doute!
L'ignorant est comme un aveugle, il n'y voit goiitle. Et le premier venu le mène par le nez... Mais où donc peut-on voir ses chefs-d'œuvre?
LE praticien.
Tenez !
Là, dans ce monument, dans le palais du Louvre,
Ce reliquaire immense, impartial- qui s'ouvre
A tous les arts comme à toutes les nations,
Où reposent en paix vingt générations.
Et l'Egypte, et la Grèce, et Rome, et notre France;
Qui dit aux morts : Victoire ! aux vivants : Espérance !
Et tenez! c'est là-bas...
{Montrant les Tuileries.)
qu'était son atelier.
troisième ouvrier.
Là-bas? dans ce palais?