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SCÈNE V

D0I4A MIRANOA, DON BRENNU5, ORCO.

Siu Kinarriutr la najordoina c( dan Bcannin, don* Miranda, luiile

de lei dan temniss, s'en aetieminée Tert tas harpes.

DONA MIRANDA

Salut, mes harpes aux voix d'ori Salut, drogmans d'amour l je viens, chères infantea. Vous couronner de fleurs, vous faire triomphantes. Que je vous donne au moins les trésors gracieux De cette terre à vous qui m'entr'ouvrez les deux I

Aui iniranlH. •

Dolorès — Léocade — allons, approchez d'elles!

Fêtez-les ; car vos mains sont pures et fidèles;

Et c'est bien justsmeût que je me sers de vous

Four les récompenser du miracle si doux

Qu'elles ont fait hier soir — qu'elles vont reproduire

Ce matin ~. si mon zèle a de quoi les séduire.

Ah ! mon frère, bonjour.

HIRANDA. 311

DOR BIIB5NnS, i pan.

Quel symptâme] à présent, La belle s'aperçoit lorsque I'od est présent.

DOn& HIKAICDA, kOrca.

Bonjour, mon cher Orco.

Auilulnnui, m lu cancMianl d'un g*iie ■inled.

Mes filles. Dieu vous garde I

DOS BAENHUS.

D'un oeil plus indulgent le Très-Haut nous regarde. Noble sœur : il permet qu'un réveil de santé

Vous restitue enfin toute votre beauté.

DOHA KIRANDA.

Ma santé! ma beauté!... Quelle erreur est la vAtre De penser me complaire en vantant l'une et l'autre! Oubliez- vous, monsieur, que leur double flambeau N'ai^ire qu'à s'éteindre au souffle du tombeauï Me soupçonnerlez-vous de faiblir dans la haine Que mou âme a vouée à l'ekistence humaine?

DON BRBNIiUS.

Que je suppose rien qui soit Injurieux

A tout ce qui réside en vous de glorieux,

Aux grandeurs, aux splendeurs de votre caractère?

Vous De le pensez pas!

Mais ce riant mystère...

Mais cette Invasion d'aurore et de printemps...

nOHA HIKANDA.

Malgré vos feints respects, monsieur. Je vousentends! — Ne niez point. — Tout bas voua me faites injure. Vous voyez là dedans l'ébauche d'un parjure.

non BREnNtis.

\hl ma sœur, don Breimus vous proteste...

34S POÉSIES POSTHCMES.'

OONA UIKAHDA, l'IaUtraiiifint.

Cessez Vos protestations. Je vous pénètre assez.

— Éclatez, mes vouloirs de deuil et de vengeance! Pour vous prouver encor, tonnez d'intelligence I Un homme est incrédule à votre éternité. Foudroyez de son cœur l'altière impiété!

ORCO, aourinDt t pul.

Mon Dieu, cette oraison d'orgueil sublime et tendre, Faites que Rinaldo charmé — la puisse entendrel

, DORA HIRAHDA.

Brennus — dans Miranda vous méconnaissez trop La fille de don Pèdre et d'Inez de Castro. Besson venez- vous donc combien mon royal père Sut aimer, vénérer, pleurer, venger ma mère ! Ohlsondeuill sa vengeance I... Il suffit d'un coup d'œil Pour les voir gouvernant ma vengeance et mon deuil. Totjt mon père est en moi. — Celui dont la tendresse, Pour la proclamer reine exliuma sa maîtresse, Et qui, devant le peuple, à la face du jour, La fit seoir sur le trône au milieu de sa cour ; Celui dont, sans flécliir, ta haine, six années. Chercha des meurtriers les têtes forcenées, Et qui — les possédant ~ saintement inhumain. Lui-même seconda le bourreau de sa main; Ce preux — qu'auront blâmé des preux qu'il diminue. Cet amant, ce vengeur — moi, je le continuel...

'don BRERNUS, 1 piiri,rondéuppciùii«.

Folle!...

OOrtA UIRAHDA,

A propos, j'attends encor — toujours j'attends Mes assassins... Les dois-je attendre aussi longtemps

Que mon père les siens? C'est une sombre allïlre Qu'une pareille attente...

non BREHIIVS, t pin. Mnliuiil le têftt.

Hal tout me reste à faire!

DOnA MIRAKDA, » tturD|i» rm la eiiuiltpha. an coDotla

d* i'i»ruiioB.

Cœur qui m'appartenait — et que l'on a frappé. Va, sols tranquille : Ils ont vainement écbappél Nous les aurons. — C'est pour cela que je veux vivre I

— Cœur si cherl ne m'appelle à toi — ue me délivre De ce monde — qu'après leur torture et leur mortl

ORCO, i part, »(Brdiiiil don Brcnniu k I* itiabit.

Le galant n'a pas l'air de godter ce transport.

DODA UIRANDA, t don BrBnnai. n lui nAMnot I* cinaUphs.

Mon frère — à cet autel — ainsi que moi redites Vos imprécations sur les têtes maudites Des égorgeurs... Mon frère, il faut renouveler Vdfe serments de chercher, de trouver, d'immoler I Rien ne saurait berc«r ie dbrmeur d'une tombe Comme de lui promettre une juste hécatombe. Ah ! parlona-lui souvent de ce suprême bien.

— Faites- vous 7

non BREKNDS,p*rlBnlaa i^not>phe (t cschanl à gr>i>d'p'roe

Cher marquis, Brennus veille ; dors bien... Ils ont échappé... mais... je crois... j'ai l'espérance... Qu'enfin l'on parviendra...

DOHA UIHANDA.

Dites : J'ai l'atmrance!...

Avec nos volontés cela s'accorde mieux l A l'oreille du mort c'est plus harmonieux.

DON nneiltlCS, JouhI 1a dtgall« olTeiisJF.

Hadame — doutez-vous que pour lui je conserve

Une rellgioii sans borna et sans réserve? Doutez-vous que je sols...

nonA HiRAnnA.

Non. Je ne doute pas.

Vous aimiez Rinaido : j'en conviens sans débats. Malgré votre discours peu sïant — j'aime à croire Que chez vous toute chose est selon votre gloire,

DON BREKHUS, bfpDDrllmiein.

Ohlcertal...

DOUA MIRADDA.

Encore un coup, je ne vous en veux poiat;

— Et, pour vous rassurer pleinement sur ce point. Je vais vous confier les merveilles écloses

De mes harpes. Je vais vous révéler les causes

Des soins que je leur rends. — Ces fleurset ces clartés

Ne vous surprendront plus tout à l'heure. — Écoutez.

ORCO, i f<al.

J'ai comme un vague espoir que Dieu va faire naître L'instant, l'occasion qu'implore pon cher maître.

DOnA MIRANDA.

Vous savez qu'autrefois, dans ce même salon, Ouvrant cette croisée aux parfums du vallon. Mon cher seigneur et moi, noos avions l'habitude. Le soir, pour alléger nos cœurs en plénitude, De mêler, aux accords des harpes que voilà, Nos chants de piété, d'amour... — Oui, c'était là... Nos doigts, comme les flots d'un torrent qui déborde. S'élançaient, bondissaient, roulaient de corde encorde; Les notes figuraient, jaillissant dans les airs. Des gerbes de rayons, d'étincelles, d'éclairs; Et, sur ces légions de flammes cadencées, Triomphaient et régnaient nos voix etnos peoséesl

— Vous avez vu — depuis l'anéanUssemeat De mon bonheur — un crêpe étendu o

HrRANDA. 391

Sur le couple muet de ces harpes— Pria d'elles. Je ne pouvais passer sans des douleurs mortelles : Les spectres des beaux jours qui venaient m'assailllr, A force de rallier, me Taisaient défaillir. Mon flme s'en trouva tellement obsédée Qu'un insUnt je fus près d'obéir i. l'idée De les faire emporter bien loin d'ici... Mais Dieu Les gardait pour son œuvre et leur marquât ce lieu.

— Hier soir, par Je ne sais quelle métamorphose. D'elles à mol, je sens qu'un charme s'interpose... TeD approche, étonnée, émue, ayant plaisir

A les considérer dans leur morne loisir. Au lieu de m'imposer, comme c'est leur coutume, Mille regrets chargés de railleuse amertume. Les souvenirs d'amour près d'elles si nombreux Me versent la douceur d'un calme presqu'heureux. Séduite par degrés, d'un pas je m'en approche; Irrésistiblement, j'en arrive tout proche... L&, je rêve. — Le bois de ma harpe me sert D'appui. — Dans ma pensée, un Idéal concert S'élève, me berçant de sa mélancolie...

Tout à coup — malgré mol — mes mains, avec folle. Sur le profond sommeil des cordes s'abattant, En font surgir l'essor d'un prélude éclatant 1 Je recule efTarée... — Alors, oh! quel miraclel D'un ciel qui me chérit quel généreux oracle I L'autre harpe répond 1 Des murmures courus S'en exhalent... Des sons à ravir les Élus... Vagues — mystérieux — de source aérienne — Séraphiques soupirs — musique éolienne... Amis, vous pensez bien qu'aisément je compris Quel transfuge du chœur des célestes Esprils Effleurait l'instrument de ses ailes de flamme. '

— « Merci — dis-je — Dieu bon, qui m'envoyez son ftme !

Qui la laissez descendre à mes côtésl... Uercl,

Vierge des sept douleurs! qui permettez qu'ainsi

L'ftme de Riualdo me prouve sa présence!

A toi, chère flme, à toil Demeure, plus d'abseuce!

Ta place au paradis, rien ne peut te l'fitôr.

Kj remonte qu'à l'heure où j'y pourrai monter. >

— Et je ris et je pleure... et la plus sainte joie M'embrase... Et, derechef, les cordes sont ma proie; De mes deux mains — avec fureur —je les parcours ; L'ivresse de mon cœur se donne un large cours.

Et l'autre harpe encor, d'un murmure angéiique, A tout résonnement que j'éveille — répllq^ue. Et c'est comme autrefois : les amants transportés Unissent leurs accords et leurs félicitésl

— Tout le reste du soir ainsi nous le passâmes. Unissant, mariant, confondant nos deux âmesl Dolorès, Léocade admiraient à genoux

Ce grand œuvre d'amour accompli parmi nous. Jusque dans le sommeil ces choses me suivirent. Le songe pour mon cœur fit plus. Mes yeux le virent Loi, mon Ainaido — non sous forme d'esprit — mais Vivaatl...

DON BRENHCS, k patl, ton tronbM.

Dieu! que dit-eileï Encore lui? — Jamais Je n'y veux croire!..'.

DOKA HIRANDA.

Ardent, plein de force et de grftce, Il me sourit, me touche... et de son bras m'enlacel Je crus mourir... L'émoi confus qui m'opprassalt, Doute, espoir, crainte, amour, tout m'anéantIssaiL Nos harpes cependant— double voix qui délivre — S'éveillent... Leurs accords me font soudain revivre, Renaître... Dans mon sang le calme est rétabli; Et j'aborde un sommeil tout de paix et d'oubli.

MIRASDA. 353

Et maintenant, monsieur, si, par cette fenêtre.

Au milieu de cette ombre un flot de jour pénètre.

C'est que je me suis dit : — « Sans doute, ce manoir,

A. son âme — qui vient des deux — paraît trop noir.

T&cbons de modérer la rigueur du iioutraste.

Reprenons au soleil une part de son faste.

livrons un pan de voûte au flrmament qui luit.

Que le soleil dévore un coin de cette nuit.

Que la chère âme ici retrouve une parcelle

De l'éclat dont là-haut sa Sollme étincelle;

Un lumineux refuge au sefa de ces cachots;

Une tie de rayons tempérant ce chaos;

Un escalier de feu par où puissent descendre

Les séraphins Jaloux de la voir, de l'entendrel... »

Voilà, voilà pourquoi, faisant céder mon vœu,

— Moi vivante — le jour est rentré dans ce lieu. Avouez-le, Brennus : de votre Inadvertance, Vous sentez, à part vous, cruelle repentance. Vous aviez, ce me semble, assez mal deviné. (Test se tromper cela!.,. Hais quoi! jai pardonné. N'est-ce pas? n'est-ce pas que mes harpes chéries. Elles ont mérité cent fois d'ôtre Reurjes? —,

Ces anges d'union! je n'en al point encor D'aujourd'hui consulté l'harmonieux trésor...

(eU< ■'■rtnca jut la hitpn.)

Qu'al-jeT quel trouble saint de mon être s'empareT Je suis comme le prêtre alors qu'il se prépare A toucher l'ostensoir et les vases sacrés.

— Je bénis votre augure, ô frissons timorés!

Car, vous m'êtes garants que ii— toujours préside ' L'œil divin — que toujours ie miracle y réside, Et qu'au premier app^ d'amour mélodieux Il va recommencer tout aussi radieux.

(se priolplUnt iir » birpl.]

'«1 POÉSIES POSTBOUES.

Qu'il recommencedoDCl...

XUt déuche DU* niée d'arpi;* >. pnli éconia. L'autrt barpe, ipl uoehs

' ■ Voyez-vouBÎ — Joieimmensel...

ORCO, t p*n.

O céleste chimère!

DON BRENNDS, i part

O lâcheuse dêmencet

DONA UIRAHDA, b«n«iiK «l ititatt.

As-tu même bonheur, mon Rioaldoî

DON BREnHCS, i fan, ar« faria,

Satan!

N'avoir plus à tuer ce mort qu'elle aime tant! Cet exécrable mort!.,.

DOHA HIRAUDA, lasgonrcDKmtiit appuTée nt h hifpt.

Le souffle detonàme Dans mon Ame descend, comme jadis la Bamme De tes meilleurs baisers... — Je t'adore...

DON BRBHnilS, k P>rl.

I]a ! c'est trop!

Abtmons ce Jouet!,..

(Bagi i HIcaDds.)

Par Inez de Castro, Votre mère, il est bon que je vous avertisse, lUa sœur, de désarmer l'étemelle justice !

DORA HIRAHDA, la Anuant pltiae da ■DtprU*.

Que dites-vous T ConfmentT

DOn BRERncs.

Dieu TOUS punit, ma sœur.

La réprobation de votre confesseur, A i'endroit de ce deuil, vous l'avez méprisée:

HIRANDA. 3S

Et voilà malaten&nt votre raison brisée I

Voua T0II& condamnâe à des illusioDs

Coupables. — Dieu vous livre aux superstitloDs. —

Tel est mou jugement; et, si j'y persévère,

C'est qu'il est vrai, madame ; aussi vrai que sévère.

DOHA hirauda.

Quoi! — Ce prodige — vous le nieïî

DON BRBHNUS.

Terre et cieux SI je lenle!...

DOH& HIRAnOA.

Où sout vos oreilles, vos yeux?

Me pas ouïr, ne pas voir c«Iaîl...

non BRENNUS

• Pauvre femme.

Qui prenez pour l'effet du toucher de son ftme. Le simple contre-coup des modulations Que vous formez, l'écho de leurs vibratlonsi Vos deux harpes — étant l'une tout prè^de l'autre - La sienne, forcément, tressaille — quand la vôtre A pleine corde vibre I

DOHA HIRANDA.

Eh bien I prenez le soin De transporter la sienne à quelques pas plus loin. Hors du vent de la mienne — et mon appel sonore Pour vous confondre, Impie, aura réponse encore I

non BRBKSOS.

Essayons.

, (U TS pour pnndr* 1> liirpe déiltnie.)

Ce n'est point assez de quelques pas D'élofgnement.

lodigant la Ksd.

Mieux vaut la transporter tà-bas,

330 POÉSIES POSTHDHES.

Dana la nuit. Le miracle en aura plua de gloîri

Sou erreur eu sera plus notoire.

DOflA HIRANDA.

Oui, oui, c'est mieux.

non BKBqHCS, l p>R. loatinnl.

C'est vrai.

DONA UIRAHDA, i Orco.

Tu ne doutes pas, tolT

OKCO.

Recueillez-vous, homme de peu de foil Dieu va montrer combien votre raison vous leurre.

non BREHNDS, t pan, artc iid* inbila appréhemlan.

Pourvu que'le fantOme...

S< lunnill.

— Allons 1 ce n'est pas l'heure.

Hldi brave minuit. Les morts, de leur sommeil,

M'oseraient pas sortir devant ce gai soleil.

DONA HIBANDA, la aitia lur la lieiine.

Ame de Rlnaldo, si, trouvant que je tente Notre-Seigaeur le Clirist — tu trompais mon attente ; Si ta harpe restait muette — ce dédain He percerait le cœuF... et j'en mourrais soudaii^ Mais n'en prends pas d'abord quelque joie Insenséel Car mon &me avec toi partirait courroucée ! - Et malgré tes soupirs, et malgré ta langueur, Longtemps au Paradis je te tiendrais rigueur 1

HIRANDA. 351

DOD BBENHDS, K put.

Qu'a-t-elle ditî mourir ï Elle! moupirl —N'importe, J'aCh-oDte 3a mort mâme — et mon destin l'emporte l

OHCO, qui l'i enUndu. BourlBQl, t put. '

Elle ne mourra pas.

DOHA MIRANDA, ■t«ii fougnc.

fiépODds — ou j'ai yécul

lui t«pllii»e aau l» pllitn, — illigmgi da don* Hlrandi. — DOUA MIRAHDA, épanuDle.

Merci, moD chevalier I

DOn BREHNDS, an déisrdr*.

Ce n'est pasi... Non!...

DONA ItlRAHDA, * don Brnuli».

Vaincu, Prosternez-vous.

KotTtaai aceoFdi dana 1m lénibrai.

DON BRENHUS,

Grand Dieu I

DOUA HIRANDA, ani ancat.

Cher amant 1

DON BREdNnS.

Je frissonne- Bal c'est un jeu! quelqu'un est caché làl...

ORCO

Personne.

Allez voir.

• DON BHENKUS.

Tête et sang ! qui donc est par lik 7

DON RINALDO, appudauBl uni 1 coup, la hupa t la main.

Hoi.

n T« M pour, eatma H «aperba. au mlUau da eirvé da lumière BraDDUi tombaDl h fanoai; la pramlârB, laul ptaaha d»

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