‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 16 sur 93 · DAPHNIS, NAIS · texte numérisé non relu

DAPHNIS, NAIS

DAPHNIS

Hélène daigna suivre un berger ravisseur ; Berger comme Paris, j'embrasse mon Hélène.

NAIS

C'est trop t'eQorgueillir d'une faveur si vaiue.

DAPHNIS

Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur.

NAÏS

Tiens , ma bouche essuyée en a perdu la trace.

DAPHNIS

Eh bien ! d'autres baisers en vont prendre la place.

NAIS

Adresse ailleurs ces vœux dont Tardeur me poursuit ; Va, respecte une vierge.

DAPHNIS

Imprudente bergère I Ta jeunesse te flatte ; ah ! n'en sois point si fièref: Comme un songe insensible elle s'évanouit.

NÀiS.

Cî:aaue âge a ses honneurs , et la saison derniérB AUX Heurs de Toranger fait succéder son fruit.

DAPHNIS

Viens sous ces oliviers ; j'ai beaucoup à te dire.

NAÏS

Non; déjà tes discours ont voulu me tenter.

DAPOKIS.

Suis-moi sous ces ormeaux; viens, de grâce, écouter Les sons harmonieux que ma flûte respire : J'ai fait pour toi des airs, je te les veux chanter ; Déjà tout le vallon aime à les répéter.

NAÏS

Va , tes airs langoureux ne sauraient me séduire.

DAPHNIS

Eh quoi ! seule à Vénus penses-tu résister f

NAÏS

Je suis chère à Diane ; elle me favorise.

DAPHMS.

Vénus a des liens qu'aucun pouvoir ne brise.

NAIS

Diane saura bien me les faire éviter.

Berger, retiens ta main... berger, crains ma colère.

DAPHNIS

Quoil tu veux fuir l'Amour î l'Amour, à qui jamaib Le cœur d'une beauté ne pourra se soustraire?

NAÏS

Oui, je veux le braver... Ah!... si je te suis chère... Berger... retiens ta main... laisse mon voilo en paii.

DAPIINIS.

Toi-même, hélas 1 bientôt livreras ces attraits

A quelque autre berger bien moins digne de plaire.

NAÏS

Beaucoup m'ont demandée , et leurs désirs confus N'obtinrent, avant toi, qu'un refus pour salaire.

DAPHNIS

Et je ne dois comme eux attendre qu'un refus?

NAIS

Hélas! l'hymen aussi n'est qu'une loi de peine; Il n'apporte, dit-on, qu'ennuis et que douleurs.

r-APHNIS.

On ne te l'a dépeint que de fausses couleurs : Les danses et les jeux , voilà ce qu'il amène.

NAIS

Une femme est esclave.

DAPUMS.

Ah ! plutôt elle est reine.

NAIS

Tremble près d'un époux et n'ose lui parler.

DAPHNlS.

Eh ! devant qui ton sexe est-il fait pour trembler ?

NAIS

A des travaux affreux Lucine nous condamne.

DAPHNiS.

II est bien doux alors d'èlre chère à Diane.

NAÏS

Quelle beauté survit à ces rudes combats?

DAPHNIS

Une mère y recueille une beauté nouvelle : Des enfants adorés feront tous les appas ; Tu brilleras en eux d'une splendeur plus belle.

NAÏS

Mais, tes vœux écoutés, quel eu serait ie prix?

DAPHNIS

Tout : mes troupeaux, mes bois et ma belle prairie j Un jardin grand et riche, une maison jolie, Un bercail spacieux pour les chères brebis ; Enfin , tu me diras ce qui pourra te plaire ; Je jure de quitter tout pour te satisfaire : Tout pour toi sera fait aussitôt qu'entrepris.

NAIS

Mon père...

DAPHNIS

Ohl s'il n'est plus que lui qui te retienne^ Il approuvera tout dès qu'il saura mon nom.

NAÏS

Quelquefois il suffit que le nom seul prévienne : Quel est ton nom ?

DAPONIS.

Daphnis , mon père est Palémoo.

NAÏS

Il est vrai , ta famille est égale à la mienne.

DAPIIMS.

Rien n'éloigne donc plus celte douce union.

NAÏS

Montre-les-moi , ces bois qui seront mon partage.

DAPHNIS

Viens ; c'est à ces cyprès de leurs fleurs couronnés.

NAÏS

Restez, cneres brebis, restez sous cet ombrage.

DAPHNIS

Taureaux, paissez en paix; à celle qui m'engage Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.

NAÏS

Satyre, que fais-tu ? Quoi ! ta main ose encore....

DAPHNIS

Eh ! laisse-moi toucher ces fruits déhcieux... Et ce jeune duvet...

NAÏS

Berger... au nom des dieux...

Ah !... je tremble...

DAPHNIS

Et pourquoi ? que crains-tu? Je t'adore. Viens.

NAÏS

Non; arrête... Vois, cet humide gazon Va souiller ma tunique , et je serais perdue ; Mon père le verrait.

DAPHNIS

Sur la terre étendue Saura te garantir cette épaisse toison.

NAÏS

Dieux ! quel est ton dessein ? tu m'ôtes ma ceinture.

DAPHMS.

C'est un don pour Vénus ; vois , son astre nous luit.

NAÏS

Attends... si quelqu'un vient.Ah! dieux! j'entendsdu bruit

DAPHNIS

C'est ce bois qui de joie et s'agite et murmure.

NAÏS

Tu déchires mon voile!... Où me cacher? Hélas 1 Me voilà nue ! où fuir ?

DAPHNIS

A ton amant unie.

De plus riches habits couvriront tes appas.

W IbVLLtS.

Tu promets raaintenar.t... Tu préviens mon envie, Bientôt à mes regrets tu nrnbandonneraà.

DAPllMS.

Oh ! non ! jamais... Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je poi> Te donner et mon sang, et mon âme, et ma vie?

NAÏS

Ah !... Daplmis ! je me meurs... Apaise ton courroux, fiiane.

DAPHNIS

Que crains-tu ? L'Amour sera pour nous.

NAÏS

Ah! méchant, qu'as-lu fait?

DAPHNIS

J'ai signé ma promesse.

NAÏS

J'entrai fille en ce bois et chère à ma déesse.

DAPHNIS

Tu vas en sortir femme et chère à ton époux.

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