IMITÉ DE PROPERCE
Pourquoi, belle Chrysé, t'abandonnant aux voiles, T'éloigner de nos bords sur ia foi des étoiles? Dieux ! je t'ai vue en songe; et, de terreur glacé, J'ai vu sur des écueils ton vaisseau fracassé, Ton corps ilottanl sur Tonde , et tes bras avec peine Cherchant à repousser la vague ionienne. Les filles de Néréc ont volé près de toi. Leur sein fut moins troublé de douleur et d'effroi, Quand du bélier doré qui traversait leurs ondes, La jeune Hellé tomba dans leurs grottes profondes. Oh ! que j'ai craint de voir à cette mer, un jour, Typhis donner ton nom et plaindre mon amour! Que j'adressai de vœux aux dieux de l'onde amère! Que de vœux à Neptune , à Castor, à son frère ! Glaucus ne te vit point ; car sans doute avec lui , Déesse, au sein des mers tu vivrais aujourJ'lîui.
:i2 IDYLLES.
Déjà lu n'élevais que des mains défaillantes; Tu me nommais déjà de tes lèvres mourantes, Quand, pour te secourir, j'ai vu fendre les Ilots Au dauphin qui sauva le chanteur de Lesbos.
AMYMONE.
Salut, belle Amymonc; et salut, onde amère A qui je dois la belle à mes regards si chère. Assise dans sa barque, elle franchit les mers. Son écharpe à longs plis serpente dans les airs. Ainsi l'on vit Thétis flottant vers le Péuéo , <'onduile à son époux par le blond Ilyménée, Tendre la plaine humide, et, se tenant au frein, Presser le dos glissant d'un agile dauphin. Si lu fusses tombée en ces gouffres liquides , La troupe aux cheveux noirs des fraîches Néréides A ton aspect sans doute aurait eu de l'effroi, Mais pour te secourir n'eût point volé vers toi. Près d'elles descendue , à leurs yeux exposée , Opis et Cymodoce et la blanche Nérée Eussent rougi d'envie , et sur tes doux attraits Cherché, non sans dépit, quelques défauts secrets; Et loin de loi chacune, avec un soin extrême. Sous un roc de corail menant le dieu qu'elle aime, L'eût tourmenté de cris amers, injurieux. S'il avait en partant jeté sur toi les yeux.
xvn.
INNAÏS.
Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde,
La brebis se traînant sous sa laine féconde.
Au front de la colline accompagnent les pas,
A la jeune Innaïs rendez, rendez, hélas i
Par Cybèle et Cérès et sa fille adorée.
Une grâce légère , une grâce sacrée.
Naguère auprès de vous elle avait son berceau,
Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.
Que vos agneaux au moins viennent près de ma cendre
Jlc bêler les accents de leur voix douce et tendre,