‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 88 sur 93 · A CHARLOTTE CORDAY · texte numérisé non relu

A CHARLOTTE CORDAY

EXËCDTÉE LE 18 JUILLET 1795.

Quoi! taudis que partout, ou sincères ou feintes. Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes Consacrent leur Marat parmi les immortels , Et que , prêtre orgueilleux de cette idole vile. Des fanges du Parnasse un impudent reptile Vomit un hymne infâme au pied de ses autels *,

La vérité se tail! Dans sa bouche glacée. Des liens de la peur sa langue embarrassée Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux! Vivre est-il donc si doux? De quel prix esl la vie, Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie, Tremblante au fond du cœur, se cache à tous les ycuiî

• Non, non, je ne veux point t'honorer en silence,

Toi qui crus par ta mort ressusciter la France

* AUusiOD à l'hymne compose par le député Audoin.

Et dévouas tes jours à punir des forfaits. Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime, Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime, Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les trait*

Le noir serpent , sorti de sa caverne impure ,

A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre

Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !

Aux entrailles du tigre , à ses dents homicides ,

Tu vins redemander et les membres livides

Et le sang des humains qu'il avait dévorés!

Son oeil mourant t'a vue , en ta superbe joie , FéUciler ton bras et contempler ta proie. Ton regard lui disait : « Va, tyran furieux. Va , cours frtyer la route aux tyrans tes complices. Te baigner dans le sang fut tes seules délices. Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux. »

La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage,

Épuiserait Paros pour placer ton image

Auprès d'Harmodius, auprès de son ami;

Et des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,

Chanteraient Némésis, la tardive déesse ,

Qui frappe le méchant sur son trône endormi.

Mais la France à la hache abandonne ta tête. C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête Parmi ses compagnons , tous dignes de son sort. Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche, Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche. Crut te faire pâlir aux menaces de mort 1

C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres , Et notre affreux sénat et ses affreux ministres,

Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui, Ta douceur, ton langage et simple et magnanime Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime, Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.

Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable,

Dans ses détours profonds ton âme impénétrable

Avait tenu cachés les deslins du pervers.

Ainsi, dans le secret amassant 1a tempête,

Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête

A foudroyer les monts, à soulever les mers.

Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, Tu semblais l'avancer sur le char d'hyménée; Ton front resta paisible et ton regard serein. Calme , sur l'échafaud , tu méprisas la rage D'un peuple abject, servile et fécond en outrage. Et qui se croit encore et libre et souverain.

La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire , Notre immortel opprobre y vit avec la gloire; Seule , tu fus un homme , et vengeas les humains I Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme, Nous savons répéter quelques plaintes de femme ; Mais le fer pèserait à nos débiles mains.

Un scélérat de moins rampe dans cette fange. La Vertu t'applaudit; de sa mâle louange Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix. 0 Vertu, le poignard, seul espoir de la terre^ Est ton arme sacrée , alors que le tonnerre Laisse régner le crime et le vend à ses lois.

ODtS. Ï67

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