‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 91 sur 93 · STO ODES · texte numérisé non relu

STO ODES

Osé sortir du bois et bondir avec loi ,

Te bêler mes amours pt l'appeler à moi,

Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite

M'auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite.

Et pour te dévorer eussent fondu sur toi

Plutôt que te laisser un moment avec moi.

Saintr Lazare.

Triste vieillard , depuis que pour les cheveux blanoa Il n'est plus de soutien de les jours chancelants,. Que ton (ils orphelin n'est plus à son vieux père, Renfermé sous ton toit et fuyant la lumière, Un sombre ennui t'opprime et dévore ton sein. Sur ton siège de hêtre, ouvrage de ma main, Sourd à tes serviteurs , à tes amis eux-même, Le front baissé, l'œil sec et le visage blême. Tout le jour en silence, à Ion foyer assis, Tu restes pour attendre ou la mort ou ton ûls. Et loi, toi, que fais-tu, seule et désespérée, De ton faon dans les fers lionne séparée? J'entends ton abandon lugubre et gémissant; Sous tes mains en fureur ton sein retentissant. Ton deuil pâle, éploré, promené par la ville, Tes cris, les longs sanglots remplissent toute l'île. Les citoyens de loin reconnaissent tes pleurs. « La voici , disent-ils , la femme de douleurs 1 » L'étranger, le voyant mourante, échevelée, Demande : « Qu'as-tu donc , ô femme désolée 1 » — Ce qu'elle a? Tous les dieux contre elle soaî unis : La femme désolée, elle a perdu son fils. »

ïambes.

Écrit pendant les (ctes théâtrales de la révolution ( après le 10 août).

Un vulgaire assassin \a chercher les ténèbres :

Il nie, il jure sur l'autel ; Mais nous , grands , libres , fiers , à nos exploits funèbres,

A nos turpitudes célèbres, Nous voulons attacher un éclat immortel.

De l'oubli taciturne et de son onde noire

Nous savons détourner le cours.

Nous appelons sur nous Téternelle mémoire ;

Nos forfaits, noire unique histoire.

Parent de nos cités les brillants carrefours.

0 gardes de Louis, sous les voûtes royales

Par nos ménades déchirés, Vos têtes sur un fer ont, pour nos bacchanales,

Orné nos portes triomphales Et ces bronzes hideux, nos monuments sacrés.

Tout ce peuple hébété que nul remords ne touche.

Cruel même dans son repos.

Vient sourire aux succès de sa rage farouche,

Et, la soif encore à la bouche.

Ruminer tout le sang dont il a bu les flots.

272 ïambes.

Arts dignes de nos yeux ! pompe et magnificence

Dignes de notre liberté, Dignes des vils tyrans qui dévorent la France,

Dignes de l'atroce démence Du stupide David qu'autrefois j'ai chanté.

« Sa langue est un fer chaud ; dans ses veines brûlée»

Serpentent des fleuves de fiel. »

J'ai douze ans, en secret, dans les doctes vallées,

Cueilli le poétique miel :

Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière ;

Dans tous mes vers on pourra voir Si ma Muse naquit haineuse et meurtrière.

Frustré d'un amoureux espoir,

Ârchiloque aux fureurs du belliqueux ïambe

Immole un beau-père menteur ; Moi , ce n'est point au col d'un perfide Lycambe

Que j'apprête un lacet vengeur.

Ma foudre n'a jamais tonné pour mes injures.

La patrie allume ma voix ; La paix seule aguerrit mes pieuses morsures,

Et mes fureurs servent les lois.

Contre les noirs Pythons et les hydres fangeuses.

Le feu , le fer, arment mes mains ; Extirper sans pitié ces bêtes vénéneuses,

C'est donner la vie aux humains.

ïambes.

Sainl-Lazare ^In n j/j S , ^ dl

Quand au mouton bêlant la sombre boucherie

Ouvre ses cavernes de mort , Pâtre, chiens et moutons, toute la bergerie

Ne s'informe plus de son sort.

Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plame.

Les vierges aux belles couleurs Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine

Entrelaçaient rubans et fleurs, Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre.

Dans cet abîme enseveli, J'ai le même destin. Je m'y devais attendre.

Accoutumons-nous à l'oubli.

Oubliés comme moi dans cet affreux repaire,

Mille autres moutons , comme moi Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire ,

Seront servis au peuple-roi.

Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chéri»

Un mot, à travers ces barreaux, A versé quelque baume en mon âme flétrie ;

De l'or peut-être à mes bourreaux...

Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre.

Vivez, amis; vivez contents.

En dépit de Bavus, soyez lents à me suivre;

Peut-être en de plus heureux temps J'ai moi-même, à l'aspect des pleurs de l'infortune.

Détourné mes regards distraits ; A mon tour aujourd'hui mon malheur importune.

Vivez, amis ; vivez en paix.

-274 ïambes.

Que promet l'avenir? Quelle franchise auguste,

De mâle constance et d'honneur Quels exemples sacrés, doux à l'âme du juste,

Pour lui quelle ombre do bonheur, Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles.

Quels pleurs d'une noble pitié, Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles,

Quels beaux échanges d'amitié Font digne de regrets l'habilnde dos hommes?

La peur blême et louche est leur dieu. Le désespoir !... le fer. Ah! lâches que nous sommes,

Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu.

Vienne, vienne la mort ! Que la mort me délivre !

Ainsi donc, mon cœur abattu Cède au poids de ses maux? Non, non, puissé-je vivre!

Ma vie importe à la vertu ; Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage.

Dans les cachots , près du cercueil , Relève plus altiers son front et son langage.

Brillants d'un généreux orgueil.

S'il est écrit aux cieux que jamais une épée

N'étincellera dans mes mains , Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée»

Peut encor servir les humains.

Justice, v^éritéj si ma bouche sincère,

Si mes pensers les plus secrets Ne froncèrent jamais votre sourcil sévère,

ïambes. 2

Et si les infâmes progrès , Si la risée atroce ou (plus atroce injure I)

L'encens de hideux scélérats Ont pénétré vos cœurs d'une longue blessure ,

Sauvez-moi ; conservez un bras Qui lance votre foudre, un amant qi;i vous venge.

Mourir sans vider mon carquois !

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fai»ge

Ces bourreaux barbouilleurs de lois, Ces tyrans effrontés de la France asservie,

Égorgée !... 0 mon cher trésor, 0 ma plume! Fiel, bile, horreur, dieux de ma vit!

Par vous seuls je respire cncor.

Quoi ! nul ne restera pour attendrir l'histoire •

Sur tant de justes massacrés ;

Pour consoler leurs fils , leurs veuves et leurs mères ;

Pour que des brigands abhorrés Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance;

Pour descendre jusqu'aux enfers Chercher le triple fouet, le fouet de la vengeance,

Déjà levé sur ces pervers; Pour cracher sur leurs noms , pour chanter leur supplice ï

Allons, étouffe tes clameurs; Souffre, ô cœur gros de haine, affamé de justice.

Toi, Vertu, pleure si je meurs.

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