‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 93 sur 93 · PAR M. JULES LEFÈVRE · texte numérisé non relu

PAR M. JULES LEFÈVRE

Il existe des fleurs qui , sur des bords déserts ,

De parfums enchantés n'embaument que les airs ;

Sous des deux inconnus , des sources favorables

Qui pourraient nous guérir, et meurent dans les sables ;

Mais peut-être qu'un jour de propices vaisseaux

Viendront nous enrichir de ces trésors nouveaux.

Semblables à ces fleurs, à ces eaux ignorées,

Dans l'ombre il existait des pages inspirées ,

Et soudain les écrits qu'avaient dictés les dieux

Se sont, pour nous ravir, révélés à nos yeux.

Je rends grâce , Chénier, à la main salutaire

Qui, d'un talent secret soulevant le mystère,

Rend à la gloire un nom qu'elle avait entendu,

Mais que depuis longtemps elle croyait perdu.

Je veux unir ma voix à cette voix aimée

Qui fit parler enfin la lente renommée ;

Daigne comme les siens accueillir mes accents :

Du plus obscur mortel les dieux aiment l'encens

Ton génie a séduit les cordes de ma lyre ,

les beaux vers m'ont rendu la source du délire,

Et je crois respirer, tout plein de leur vertu ,

Dans le parfum qu'ils ont celui qu'ils auraient eu.

Que le servit, hélas ! d'être le fils d'Homère,

D'avoir eu comme lui Mnemosyne pour mère f

r.es chœurs sacrés du Pinde , en voyant tes malheurs,

Au lieu de te défendre ont répandu des pleurs ,

Et, des chants généreux divine inspiratrice,

La liberté muette a permis ton supplice.

Toi, de l'antiquité prêtre si curieux,

ïa cendre est sans demeure, et tes mânes pieus,

Aux bords fumeux du Styx errant à l'aventure,

Attendent sans espoir la sainte sépulture.

Ah ! du moins à son nom qu'on dresse un souvenir,

Un autel où viendra s'affliger l'avenir !

Vous y verrez souvent les Grâces attentives

Accuser de sa mort les Parques trop hâtives ;

Et comme allait jadis , sur le tombeau dos preux,

S'aiguiser des soldats le glaive valeureux,

Nos poêles iront vers son urne inspirée

Chercher comme l'écho de sa voix expirée.

Penseur aux lèvres d'or retourné vers le ciel.

Je te consacrerai le lait pur et le miel ,

Car le toit qu'honoraient tes récits poétiques

Abrite maintenant mes pénates rustiques.

Là tu chantas l'amour et ses molles douleurs ,

Moi j'attends ses baisers, et j'ai chanté ses pleurs;

Là je deviens poêle, et, brûlant de ta llamme,

Dans presque tous tes vers je retrouve mon âme.

Eh ! qui, dans mon enclos que tes pieds ont foulé,

N'attirerait le vol du quadrupède ailé !

Là ta Camille pâle , et ta jeune captive ,

Et Mnazile, et Néère, et ta Lydé plaintive,

Comme aux jours d'Ossian, me semblent chaque soir,

En m'apportant ta lyre , auprès de moi s'asseoir.

Je voudrais, réveillant tes accents qu'on regrette,

Oc tes sœurs du Parnasse être alors l'interprète;

Mais le sang que mes pleurs n'y peuvent effacer

Émeut ma faible main, trop prompte à se glacer.

A ANDRÉ CHÉNiER.

Jeuae aigle à peine éclos , tu secouais Ion aile ;

Déjà du globe ardent la lumière éternelle

Ne pouvait de ton œil abaisser la fierté,

Et déjà , Célançant vers sa vaste clarté ,

Tu demandais aux dieux les rênes du tonnerre !

La flèche a ramené ta course vers la terre :

Tu mourus, jeune ami que je n'ai pas connu.

JuLEç Lefèvre (1819).

NoTA^ — L'ét€ndue de cette pièce ne nous permet pas de la transcrire en entier. Nr-» renvoyons le leci^or an beau voinmo. i\e vers dont elle fait partie *.

* Le Pahricide, poëme, siavi aantiw poésies, par U.Jule* Lefèen. Ftfû, AiaioU lia.

D. v!41»Li. — Paris. Imp. Ferd. Imbbrt, 7, rue des Canettos.

PQ

Chenier, André Marie

Al

Page 1