DON SÉBASTIEN
Ombre plaintive, douce amante, Qui sur la tour en mer, le soir.
Au mirador viens pour t’asseoir Durant le calme ou la tourmente.
Et qui portes obstinément Tes yeux sur l’Océan immense,
De revoir jamais ton amant As-tu gardé quelque espérance?
Du chevalier tout constellé De lys et de blanches étoiles.
Du vainqueur qui s’en est allé Aperçois-tu de loin les voiles?
— Celui dont le cœur fut le mien.
Dont les yeux éclairaient mon âme.
Mon doux seigneur. Don Sébastien N’a pas encor revu sa dame.
Depuis cinq cents ans prisonnier Retenu chez le peuple more,
NÉNIES ROYALES.
Il attend, sans faiblir, Paurore Qui doit enfin le délier.
Et moi, je Pattends, spectre blême,
A cette place, jusqu’au jour Qui doit le rendre à mon amour.
Le chevalier, le Roi que j’aime !
Bélem.
NÉNIES ROYALES.
A Sa Majesté le Roi Don Fernando,
J’ai contemplé la race auguste et fortunée De Bragance et Bourbon. O regrets superflus!
O désespoir! ô race à la mort condamnée!
Je n*ai fait que passer, ils rï’ étaient déjà plus!
Cinq infans fleurissaient sur cette tige auguste. Jeunes et beaux, pareils aux infans de Lara, Pareils à ces fruits d’or que le passant déguste Dans les jardins fleuris du palais de Cintra.
Ils embaumaient les airs, ils enivraient la vue,
Ils étaient le parfum, ils étaient la beauté.
SUR LES CHEMINS
Ils couvraient le sentier de leur ombre imprévue;
Le rossignol chantait auprès d’eux, tout l’été.
Le voyageur charmé ne pouvait sans envie Détacher son regard de cette tige en fleurs.
Quelle moisson d’amour leur promettait la vie!
Quel avenir de gloire et de paix! O douleurs!
La mort qui les guettait vers la plus haute branche Abaissa sa main lourde et cueillit le fruit d’or,
Et depuis cet instant, le jardin pleure encor
Les beaux fruits rayonnans et perdus sans revanche.
Le rossignol muet se cache dans les bois.
Les chênes ne sont plus visités des colombes.
Le lys a dépouillé le blanc manteau des rois.
Le rosier ne veut plus fleurir que sur les tombes.
Il renaîtra pourtant, le beau printemps vermeil,
11 renaîtra sans eux, et mon cœur s’en irrite;
Mais le peuple égaré ne croit plus au réveil De la nature, à moins que son roi ressuscite.
O peuple, il renaîtra, j’en atteste Louis,
J’en atteste ce père, infortuné monarque,
Dont j’ai vu le bonheur de mes yeux éblouis.
Et dont les pleurs sans fin n’ont pu fléchir la Parque !