SOUVENIR DU NORD
Sous les platanes du vallon,
Dans la bruyère parfumée,
Où notre couche accoutumée Se dérobe au regard félon,
Plus d’un brin d’herbe ou de feuillage, Languissant, froissé sous nos pas, Plus d’une fleur en son langage Vous dira nos joyeux ébats. . .
Ainsi le Rossignol chantait dans la vallée !
A l’endroit juste où la forêt Fait un coude, sous la feuillée,
Celui que j’adore en secret Guettait ma course surveillée :
Sur son cœur, dans ses bras vaillants,
Il m’a reçue... ô Vierge-mère^
Cruel bonheur, ivresse amère!
Oh! quels baisers, baisers brûlants!
Le rouge en est encore à ma lèvre charmée.
Sur la rose et sur le duvet De chaque feuille parfumée.
Mon bien-aimé seigneur avait Préparé la couche embaumée.
Ah! si jamais le voyageur Egarait jusque-là sa route.
En voyant les roses^ sans doute Il sourirait triste et songeur.
C*est là, ce fut bien là que reposait ma tête!
Ah! s’il avait vu sur mon sein Mon amant, ma jeune conquête...
Quelle honte pour moi s’apprête...
Dieu ! ce n’est point votre dessein !
Puis, qui saura notre mystère?
— Si ce n’est lui, si ce n’est moi.
Et l’oiseau qui dans la bruyère Ayant tout vu, se tenait coi.
Mais il sera fidèle, il m’a promis sa foi.
Bamberg.