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RETRAITE

À MARIE DÉSIRÉE

IUe mihi terrarum prater omnes Angulus ridet.

Horace.

Viens! réfugions-nous ensemble Loin de la foule, loin du bruit, Loin de ce Paris où je tremble Pour mon bonheur que tout détruit.

Viens ! le logis qui nous recueille N'a rien d'orgueilleux ni de grand ; Mais la vigne et le chèvrefeuille Lui font uu ombrage odorant.

Pauvre demeure inaperçue , Ses murs sont gris et déjà vieux ; De son toit la tuile moussue N'attire pas l'œil envieux.

Mais le soleil levant la dore Au matin d'un premier regard ; Le soir il la salue encore Comme une amie à son départ.

Le jardin n'est qu'une corbeille, Mais il est tout rempli de fleurs; Maint papillon et mainle abeille Du miel y butinent les pleurs;

Et sur la charmille "petite Que franchie Poiseau voltigeant , Le jasmin et la clématite Ouvrent leurs étoiles d'argent.

Un arbrisseau , de sa verdure , Y couvre cent êtres unis, Les uns creusant la terre obscure Les autres bâtissant leurs nid».

Sous une feuille un peuple existe ; La mouche y suspend son essor, La fourmi noire y suit sa piste, La cheniHe y tend ses fils d'or.

Un monde entier s'agite et passe Dans ce coin béni du Seigneur. A quoi bon chercher plus d'espace, En faut-il tant pour le bonheur?

Sceaux. Août 1849.

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