A UNE LETTRE
Triste et cher souvenir de son amitié morte , Des jours qui ne sont plus , toi qui viens me parler, Sous mes doigts , sous mes yeux , ô lettre, qui t'apporte? Tu ne peux plus me consoler I
D'une fidèle main je te croyais tracée, O lettre ! je t'ouvrais comme on ouvre un trésor, Puis , après t'avoir lue , au fond de ma pensée Longtemps je te lisais encor.
Dans chaque mot puisant une sainte assurance , Confiant au bonheur que tu me promettais, Je chantais dans mon âme un hymne d'espérance O lettre 1 et pourtant tu mentais.
Un jour tout a fini 1 Pourquoi? Qui peut le dire? Le caprice a repris ce qu'il avait donné; En regard dédaigneux s'est changé le sourire : Le vent qui souffle avait tourné.
Que Dieu m'en soit témoin! Je suis resté le même; Douloureux et meurtri ; je n'ai point varié , Et comme je l'aimais en ce temps-là, je l'aime D'une fraternelle amitié.
Puisse son cœur jamais ne connaître la peine Dont il m'a fait souffrir, moi qui l'aime si bien ! Puisse -t-il rencontrer parmi l'espèce humaine, Beaucoup de cœurs tels que le mien.
Soyons donc patient. Le bonheur est chimère; Un jour je cesserai de vivre et de souffrir. Si l'amitié trahit, si la vie est amère , II sera plus doux de mourir.
Le souvenir est lourd au malheureux qui souffre, Et l'espoir est amer, qui ne s'est pas rempli. De mon cœur déchiré , mon Dieu , fermez le gouffre ; Par pitié donnez -moi l'oubli!
Lettre funeste, adieu! Que le feu te dévore!
Je suis las de souffrir! Souffrir! c'est espérer 1
Non ! Malgré moi je doute et je te garde encore... Je veux souffrir ! j& veux pleurer!