‹ Poésies (volume 2)Chapitre 180 sur 208 · A MARIE MORTE · texte numérisé non relu

A MARIE MORTE

Je ne pourrai jamais passer par cette rue

Sans être atteint d'un sombre ennui ,

Sans y pleurer sur vous, pauvre âme disparue, Astre charmant , trop vite enfui.

Je ne pourrai jamais revoir cette fenêtre Où vos yeux brillèrent souvent,

Sans croire que soudain vous allez apparaître Sous les plis du rideau mouvant.

C'est dans cette maison que vous viviez, Marie, Comme un oiseau parmi des fleurs;

Maison gaie autrefois, aujourd'hui défleurie, Nid pillé par des oiseleurs.

Aujourd'hui , quand je songe à ces rapides heures Que nous passions auprès de vous,

A l'aimable gaîté qui peuplait vos demeures, A vos rires brillants et doux ;

Quand je songe comment nous dépensions la vie .

En prodigues, sans rien compter, Sans penser que soudain, vous nous seriez ravie

Et qu'il nous faudrait vous quitter,

Je crois que c'est un rêve et que, rieuse encore, Demain vous serez de retour;

Comme au sein de la nuit on compte sur l'aurore , Comme on pressent le point du jour.

Le jour n'éclora plus; l'espérance est trompée!

Adieu , Marie , un long adieu l Votre corps s'est flétri comme l'herbe coupée;

Votre âme est retournée à Dieu.

Je crois vous voir encor brisée en votre couche

Par tant de maux multipliés; A peine entendait -on passer, sur votre bouche,

Un murmure quand vous parliez;

Sans l'éclat dont brillait votre prunelle noire ,

Sur votre effrayante pâleur, J'aurais cru voir en vous une Vierge d'ivoire,

Sortant des mains du ciseleur.

Vous étiez déjà morte , ô ma blanche martyre 1 Vos yeux seuls gardaient un éclair;

Mais ce dernier regard cherchait à nous sourire, Pâle comme un rayon d'hiver.

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