‹ Poésies (volume 2)Chapitre 3 sur 208 · A UN APOTRE MODERNE · texte numérisé non relu

A UN APOTRE MODERNE

Prenez garde de ne pas refuser d'entendre celui qui parle.

Saint Paul aux Hébreux, c. xn, v 25.

Déjà ce peuple-roi qui portail les deux pôles , À force de grandeur se créant des revers, Avait senti ployer ses robustes épaules Sous le fardeau de l'univers.

Le temps obscurcissait sa brillante auréole; Son aigle s'endormait dans un repos profond , Et l'écho murmurait, la nuit, au Capitole :

« Les dieux s'en vont! les dieux s'en vont! »

La croyance était morte et n'avait plus d'apôtre; Les cieux déserts roulaient des astres inconnus , Et les peuples tremblants se disaient l'un à l'autre « Les derniers jours sont-ils venus? »

II fallait au vieux monde une nouvelle idée ; Il n'avait plus l'Olympe et pas encor le Ciel. Un homme , nommé Jean , parut dans la Judée , Prêchant aux tribus d'Israël.

C'était un saint prophète à la voix fière et mâle; Il disait: « Ouvrez-vous, sentiers de l'avenir! Je ne mérite pas d'essuyer la sandale Du Rédempteur qui va venir.

« J'arrive seulement prêchant la pénitence; Car le fils de David marche derrière moi. Chante, ô Jérusalem , un hymne d'espérance : Voici ton Seigneur et ton Roi î »

Alors Jérusalem prit ses habits de fête , Monta sur sa colline , et regardant au loin , Dit : « Où doue est celui qu'annonce le prophète? Et d'où vient qu'il ne paraît point? »

Sion ! malheur à toi ! Jésus fils d'une femme , Jésus persécuté , Sion , malheur à toi ! Jésus crucifié sur le Calvaire infâme, Voilà ton Seigneur et ton Roi !

LA FOT.

C'est lui qui doit, sorti de ses voiles funèbres, Renaître de la mort, et, dans sa majesté , Ainsi que le soleil qui chasse les ténèbres, Resplendir sur l'immensité !

Apôtre ! nous rentrons dans ces jours d'épouvante

Où la terre mouvante, Dans la convulsion d'un grand enfantement,

Frémit jusques à ses entrailles.

D'un monde corrompu, qui se meurt lentement,

Le Temps sonne les funérailles.

Voici que nous errons dans la nuit d'autrefois ;

De lamentables voix Aux dieux d'un siècle impur lancent leur ana thème; Les premiers de jadis sont derniers aujourd'hui ,

Et le Maître suprême À retiré son bras qui faisait leur appui.

A chaque point du ciel une tempête gronde ;

Des tonnerres nouveaux ébranlent ce vieux monde

Sur ses antiques fondements; La flamme qui dévore et demande à s'étendre ,

Tord dans ses bras de feu , brise et réduit en cendre Les palais et les monuments.

La sanglante discorde et les guerres civiles De meurtres inouïs épouvantent les villes;

Les premiers-nés des nations , Au lieu de vivre en paix et de s'aimer en frères , Meurent en s'égorgeant et lèguent leurs colères

Aux autres générations.

Le pâle choléra , ce monstre aux pieds rapides , Qui couve l'univers sous ses ailes livides

Et qui souffle un vent de trépas , Confondant les vainqueurs, les vaincus pêle-mêle, Moissonne avant la guerre et revient, après elle,

Glaner dans le champ des combats.

L'Éternel, irrité de nos longues offenses, Aurait-il déchaîné le char de ses vengeances

Contre le monde épouvanté?

Et les astres des cieux , et les mers , et la terre Vont-ils s'anéantir, comme un fragile verre ,

Aux mains de la Divinité?

Non ; car le siècle sent, au sein de la tourmente , Quelque germe inconnu , qui dans l'ombre fermente

Sur les dépouilles du passé , Qui jette lentement ses profondes racines , Qui va , resplendissant , s'élancer des ruines

Du vieil univers renversé !

LA FOI

Car Dieu n'a pas de nous détourné son visage; L'homme , né de son souffle et fait à son image ,

N'est pas encor déshérité ; Et, pour régénérer notre race maudite, Déjà quelque Sauveur , prêt à naître , palpite

Dans (es flancs de l'humanité !

Et toi , nouveau saint Jean , avec ta voix austère ,

Avec ton élan chaleureux , Tu parais, annonçant aux peuples de la terre

L'Évangile rouvert pour eux.

Tu dis : a Venez vers Dieu, vous tous dont le cœur ploie,

Humains fatigués de souffrir, Et Dieu vous donnera l'espérance et la joie ,

Le baume qui doit vous guérir.

« Venez ! vous qui pleurez les pleurs de la misère ,

Et Ton vous séchera les yeux; Venez ! vous dout le front tombe dans la poussière,

On relèvera vers les cieux. »

Alors le laboureur achève, ave»? ivresse ,

Le sillon qu'il mouillait de pleurs, Espérant moissonner un jour dans l'allégresse

Ce qu'il sema dans les douleurs.

La jeune travailleuse , en t'écoutant, s'arrête ,

Se relève et sourit d'amour ; Comme le lis des champs, courbé par la tempête ,

Renaît sous un rayon du jour.

Et le jeune soldat, dont le cœur plein de sève Ne rêvait que d'exploits guerriers ,

Gémit sur sa conquête; il ne veut plus de glaive Que pour défendre ses foyers.

Ainsi la Foi première, à ta voix revenue,

Nous verse les trésors du ciel.

En vain des coeurs pétris d'amertume et de fiel

L'ont proscrite et l'ont méconnue.

En vain, fiers de leur haine et de leur désespoir,

Ils ont renié ses merveilles; En vain ils ont fermé les yeux et les oreilles ,

De crainte d'entendre et de voir.

Malheur à qui sur elle entasse les outrages ;

, Car l'Éternel est son appui.

Victime impérissable et sainte comme lui, Elle attend la fin des orages.

Qu'ils dressent donc la croix, qu'ils hâtent le bourreau! Fille du Sauveur de la terre ,

LA FOI. 11

La Foi supportera comme lui le Calvaire , Et les douleurs et le tombeau.

Us croiront que les vers en ont fait leur pâture ;

Mais que le réveil sera prompt ! Elle se lèvera soudain , brisant du front

La pierre de sa sépulture.

Et tout tremblants encor, les yeux à peine ouverts,

Ils chercheront en bas sa trace , Que déjà , de sa gloire illuminant l'espace,

Elle éblouira l'univers 1

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