LA BIBLIOTHEQUE
Je viens revoir encor l'asile où vous dormez, Vieux livres, vieux amis, chers et doctes fantômes. Je viens me consoler au milieu de vos tomes : Vous seuls ne changez point, ô mes amis aimés!
On vous rouvre à la page où l'on vous a fermés; Vous contez votre histoire ou vous chantez vos psaumes; Peuples et rois tout meurt ! Vous gardez vos royaumes, Et du même parfum vous restez embaumés.
J'aime vos vieux vélins; j'aime vos marges blanches; Je respire incliné la senteur des vieux jours; J'admire avec respect la rougeur de vos tranches;
J'y crois voir une bouche aux éloquents discours; Et, d'un doigt filial, j'ouvre ces lèvres franches, Qui me parlent sans bruit et m'instruisent toujours.