JEUNE FILLE AUX PIEDS NUS
Ton œil est souriant et ton visage est doux, Jeune fille aux pieds nus, qui passes sur la route. Marche plus prudemment sur le sable, et redoute De déchirer tes pieds au tranchant des cailloux.
Mais quand tu dis les airs que l'on chante chez nous, Redoute plus encor le pâtre qui t'écoute. Il te guette là-bas, sous le chêne, et sans doute Il te racontera son cœur triste et jaloux.
Prends garde à lui, prends garde à ses tendres prières. Les vierges dont les vœux penchent irrésolus S'attachent à l'amour comme aux arbres les lierres.
L'homme est un flot qui passe... ô regrets superflus! Tes pieds se guériront des blessures des pierres : Les blessures du cœur ne se guérissent plus.
Juin 1870.