‹ Poésies (volume 3)Chapitre 50 sur 78 · FIDELITE · texte numérisé non relu

FIDELITE

Mon père, il reviendra fidèle.

Je l'attendrai mon chevalier.

Mon cœur ne vous est pas rebelle, Mais il ne saurait l'oublier. »

— « Depuis qu'il suivit la croisade, Sept ans déjà sont révolus :

Il est mort à Tibériade;

Ma fille, il ne reviendra plus. »

— « O mon père, daignez m'entendre!

Le jour où je lui dis adieu,

Je lui fis serment de l'attendre Ou de n'appartenir qu'à Dieu. »

— « Voici que j'atteins la vieillesse, O ma fille, et tu me défends

Cette heureuse et dernière ivresse D'embrasser mes petits-enfants. »

— « Encore une année, ô mon père!

Dans mon âme j'entends crier

Une voix qui me dit : « Espère ; Il reviendra, ton chevalier. »

Su SONNETS ET FANTAISIES

— « Ecoute-moi bien : je lui donne Tout un an pour le rendez-vous.

Mais, dans un an, tu seras nonne, Ou tu choisiras un époux. »

Les jours suivirent les journées, Les mois succédèrent aux mois; Et, pareil aux autres années, L'an s'enfuit encore une fois.

Alors, sans espoir sur la terre, A son père elle vint s'offrir, Et dit : — « Allons au monastère.

J'y veux prier, j'y veux mourir! »

Deux ans s'écoulèrent encore.

Un pèlerin, triste et rêvant, Suivait, au lever de l'aurore, Le sentier qui mène au couvent.

— « M'apprendrez-vous pourquoi l'on sonne D'une si lugubre façon? »

— « C'est le glas d'une pauvre nonne : Dites pour elle une oraison. »

Le pèlerin au pied d'un arbre S'assit, sans ajouter un mot.

Il était pâle comme un marbre, Et ses yeux regardaient là-haut, Là-haut à l'étroite fenêtre Seule ouverte dans le couvent;

On n'y voyait rien apparaître Qu'un rideau battu par le vent.

Mais lui, l'œil perdu dans l'espace, Blême et souriant, murmura :

— « Mon Dieu! c'est son âme qui passe! C'est elle!... » Et puis il expira...

Tout à coup, d'une voix plus forte, Tintèrent les cloches d'airain.

La religieuse était morte , Et mort aussi le pèlerin.

Comme avec bonheur ces deux âmes S'élancèrent dans le ciel pur, Confondant à jamais leurs flammes , Au sein de l'éternel azur!

Des tendresses immaculées Le paradis leur fut ouvert.

Qu'elles furent bien consolées D'avoir ici-bas tant souffert!

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