‹ Poésies religieuses et politiques [microforme]Chapitre 14 sur 14 · ÊT · texte numérisé non relu

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A vingt lieues d'ici, Dieu peut lever des armées Plus promptes sur leurs chars que les aigles au vol; Et de qui les fureurs une fois allumées

Pourraient en quelques jours dévaster votre sol.

Notre clergé dira ce qu’il doit dire en chaire. Mettez-moi Hors la loi.

Et si vous me trouvez l'humeur encore trop fière, Consolez-vous, ma tête est toujours à l'enchère.

Quoi ! n'importe qui peut divaguer en public

Sur les hustings, pour ou contre le ministère,

Et le juge de rien qui tient à l'Angleterre

À ce qu’elle a de faux, comme un peu de mastic Tient à la vitre, va gagner de faire taire

Nos prêtres ! Ah! messieurs, vous aurez fort à faire A nous innoculer votre venin d’aspic.

Le Bon Dieu m'a donné du cœur et Je la taille, Et je ne mourraïi pas sans vous livrer bataille

La bataille du bon sens

Et celle du droit des gens.

Ce qui me rend fort, c’est un dévouement sans borne. Je suis homme à sauter dans l’arène à pieds joints, John Bull m’a trop fait mal avec ses coups de corne, Je gagnerai sur lui. J'en aurai pour témoins La princesse Louise et le marquis de Lorne.

* * *% Lisgar et Dufferin ont tous deux fait les gros, Mais je dirai toujours que ce fut deux zéros. Zéros qui n’ont jamais aidé chez nous le nombre Des bons, que dans le sens du calcul décimal.

Zéros que l'Angleterre avec son crayon sombre Plaça toujours pour elle, au grand profit du mal.

Lisgar aimait beaucoup mieux les gens malhonnètes. Il était satisfait lorsque tout son conseil

Le priait humblement de signer des sornettes,

Mais le droit des métis agitait son sommeil.

Dufferin fut habile à rejetter ma cause, Je suis sûr que ce Vice-Roi :

N’aurait pas voulu pour grand’chose Qu'Ottawa fût fidéle à l'honneur envers moi.

Cet homme de talent eut le don de séduire

Tes Canadiens-français auxquels il a su nuire,

Il excellait surtout à donner des partis,

Ses conversations avaient de ia prudence.

Il faisait au grand nombre un peu de confidence, Il attirait à lui les grands et les petits,

Tous laissaient son hôtel flattés et divertis.

Rideau-House est un lieu charmant dans les baissières C'est là qu’un anglais borgne à force de manières

Sut, petit-à-petit, faire approuver mes maux

Par ceux-là de nos chefs qui sont lâches et sots.

Sur sa table abondait le plus vieux Malvoisie,

Nos Membres y trouvaient toutes liqueurs choisies Les bouteilles de vin qu’il faisait déboucher

Leur lançaient le bouchon sans paraître y toucher.

Quand le vin chatouillait sa lèvre cramoisie Et passablement îvre, 1l semait à propos Dans ses discours de fantaisie Sur le Bas-Canada, quelques doux et bons mots.

Même il a su charmer Québec la vieille ville En lui promettant bien de l’embellissement, Mais son brillant esprit et son parler facile

Ne m'ont jamais frappé les yeux d’aveuglement.

Qu'il arrange, s’il veut, l’ancienne capitale. La faveur, après tout, n’est jamais que locale. Tandis que son décret de commutation Au sujet de Lépine et ma proscription Compris d'avance avec la cour Impériale Ont jeté dans les accès D'une honte générale Les Métis et non moins les Canadiens-français.

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Quand j'ai vu que cet homme obtenait des éloges De fou, je me suis dit : je m'en vas dans les loges C'est là qu’en travaillant j'ai su faire le mort

Le temps que j'ai voulu, dans un coin de Beauport.

Mes ennemis venaient, en allumant leurs pipes S'informer si le fou de l'asile était près D'’avoir en un cerceuil sa tête dans les ripes.

Et cependant je tirais

Au naturel leurs portraits.

J'ai plusieurs photographies

De nos grands maîtres anglais.

Ma main, en écrivant, leur pousse des soufflets, Qui causeront peut-être à leurs joues des bouffées.

Les anglais m'ont tant malmené, Que je m'en trouve aliéné.

Je ris de ceux qui font passer la flatterie Avant l'amour sacré qu'on doit à la Patrie.

J'ai droit de rire, moi, du comte Dufferin Ce mort-né qui sortit du sein meurtrie d'Erin En présentant non pas sa tête la première Mais en offrant son derrière Le premier à la lumière.

Dufferin et sa femme ont repassé la mer.

L’ennui de les avoir perdus n’est pas amer.

Ils ont des successeurs illustres, Issus d’un marquisat et d’une royauté.

Moi; je suis de parents pauvres et presque rustres Qui m'ont dit de prétendre à la principauté

Des bons principes ; et que c’est rendre service

De résister aux grands qui font mal. C’est pourquoi

Je haïs en politique autant qu'ailleurs le vice, Quand même c’est le Vice-Rot. ;

L'homme injuste est en paix dans sa maison d'argile.

Mais elle tombera, car sa bâse est fragile.

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Le travail d’un solide et courageux esprit

Doit valoir les combats d’un Guillaume d'Orange. Notre peuple est bon, c’est malaisé qu’on le range. Voyez ce que je fais en’n’étant qu’un proscrit.

On peut gagner beaucoup par un seul bon écrit.

l Les Ontariens ont pour eux les grosses bourses | Mais moi j'ai dans l'esprit mes plans et mes ressources. ! Messieurs, vous nous paierez l'affaire de Guibord, | Et vos jugèments creux à propos des écoles | Du Nouveau-Brunswick. Plus vous nous avez fait tort, Moins nous vous serons bénévoles.

Si vos décisions sont celles du plus fort, Eiles n’en sont pas moins tyranniques et folles.

Sachez que Washington est‘plus proche de nous l Que Londres. : Vos voisins sont plus nobles que vous.

Si Dieu nous a jadis séparés de la France Malgré les beaux élans de notre affection,

| Souvenez-vous un peu qu'aussi bien sa Puissance ù Peut briser d’un clin d’œil le sceptre d’Albion.

[4 Prenezigarde. Je puis sans gêne vous le dire.

| Pour ma part, je vous veille. Et je suis décidé |

Depuis longtemps. Tout votre empire Craque ; :il a trop joué ses vilains coups de dés.

Les enfants dispersés de la Nouvelle-France Ont, sous le joug anglais, trop connu la souffrance Pour ne pas en vouloir au peuple décrépit

Qui les a gouvernés avec tant de dépit.

Les nombreux rejetons de l'Irlande indomptable Ne sont pas, sans dessein, dans les Etats-Unis. Le jour qu'ils se mettront sous un chef acceptable Et qu'ils voudront marcher dans des chemins bénis, Les Canadiens-français et les métis sincères Marcheront avec eux comme avec de bons frères :

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Et sans aucun embarras Ils leur ouvriront les bras.

Et nous verront si la matière

Et le commerce anglais ont d'aussi forts enjeux Que la justice et la lumière Dont le propre est de rendre heureux.

Un peuple à beau porter une puissante armure, S'il fait une injustice il n’est pas bien gardé. Aussitôt que d’un mal la conséquence est mûre Elle éclate, et malheur quand elle a retardé.

Si vous ne voulez pas que notre fière race

Se détache sitôt de vous, Traitez la comme il faut, puisqu'elle est à sa place Ne vous en montrez pas insensément jaloux.

Louis ‘“ Davip” RIEL.

Daté à Saint Joseph, Dakota, Août 1870.

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