‹ Poésies (volume 2)Chapitre 13 sur 102 · CONTRALTO 3I · texte numérisé non relu

CONTRALTO 3I

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ON voit dans le musée antique, Sur un lit de marbre sculpté, Une statue énigmatique '

D'une inquiétante beauté.

Est-ce un jeune homme? est-ce une femme, Une déesse, ou bien un dieu?

L'amour, ayant peur d'être infâme, Hésite et suspend son aveu.

Dans sa pose malicieuse, Elle s'étend, le dos tourné Devant la foule curieuse.

Sur son coussin capitonné.

Pour faire sa beauté maudite.

Chaque sexe apporta son don.

Tout homme dit : « C'est Aphrodite ! » Toute femme : « C'est Cupidon ! »

Sexe douteux, grâce certaine, On dirait ce corps indécis Fondu, dans l'eau de la fontaine.

Sous les baisers de Salmacis.

Chimère ardente, effort suprême De l'art et de la volupté, Monstre charmant, comme je t'aime Avec ta multiple beauté !

Bien qu'on défende ton approche, Sous la draperie aux plis droits.

Dont le bout à ton pied s'accroche, Mes yeux ont plongé bien des fois.

Rêve de poète et d'artiste.

Tu m'as bien des nuits occupé,

Et mon caprice qui persiste

Ne convient pas qu'il s'est trompé ;

Mais seulement il se transpose, Et, passant de la forme au son, Trouve dans sa métamorphose La jeune fille et le garçon.

Que tu me plais, ô timbre étrange I Son double, homme et femme à la fois, Contralto, bizarre mélange, Hermaphrodite de la voix !

C'est Roméo, c'est Juliette, Chantant avec un seul gosier; Le pigeon rauque et la fauvette Perchés sur le même rosier;

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