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NOSTALGIES D OBÉLISQUES 4I

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L OBELISQUE DE PARIS

SUR cette place je m'ennuie.

Obélisque dépareillé; Neige, givre, bruine et pluie Glacent mon flanc déjà rouillé;

Et ma vieille aiguille, rougie Aux fournaises d'un ciel de feu, Prend des pâleurs de nostalgie Dans cet air qui n'est jamais bleu.

Devant les colosses moroses

Et les pylônes de Luxor,

Près de mon frère aux teintes roses

Que ne suis-je debout encor,

42 EMAUX ET CAMEES

Plongeant dans l'azur immuable Mon pyramidion vermeil, Et de mon ombre, sur le sable, Écrivant les pas du soleil !

Rhamsès ! un jour, mon bloc superbe.

Où l'éternité s'ébréchait, Roula, fauché comme un brin d'herbe, Et Paris s'en fit un hochet.

La sentinelle granitique,

Gardienne des énormités,

Se dresse entre un faux temple antique

Et la Chambre des députés.

Sur réchafaud de Louis seize, Monolithe au sens aboli.

On a mis mon secret, qui pèse Le poids de cinq mille ans d'oubli.

Les moineaux francs souillent ma tète.

Où s'abattaient dans leur essor L'ibis rose et le gj'paète Au blanc plumage, aux serres d'or.

La Seine, noir égout des rues, Fleuve immonde fait de ruisseaux, Salit mon pied, que dans ses crues Baisait le Nil, père des eaux,

Le Nil, géant à barbe blanche Coiffé de lotus et de joncs, Versant de son urne qui penche Des crocodiles pour goujons 1

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Les chars d'or étoiles de nacre Des grands Pharaons d'autrefois Rasaient mon bloc heurté du fiacre Emportant le dernier des rois.

Jadis, devant ma pierre antique,

Le pschent au front, les prêtres saints

Promenaient la bari mystique

Aux emblème"; dorés et peints;

Mais avijourd'hui, pilier protme Entre deux fontaines campé.

Je vois passer la courtisane Se renversant dans son coupé.

Je vois, de janvier à décembre, La procession des bourgeois.

Les Solons qui vont à la Chambre Et les Arthurs qui vont au Bois.

Oh 1 dans cent ans, quels laids squelettes

Fera ce peuple impie et fou.

Qui se couche sans bandelettes

Dans des cercueils que ferme un clou,

Et n'a pas même d'hypogées A l'abri des corruptions.

Dortoirs où, par siècles rangées.

Plongent les générations I

Sol sacré des hiéroglyphes

Et des secrets sacerdotaux,

Où les sphinx s'aiguisent les griffes

Sur les angles des piédestaux,

Où SOUS le pied sonne la crypte, Où l'épervier couve son nid, Je te pleure, ô ma vieille Egypte, Avec des larmes de granit !

LOBELISaUE DE LUXOR

Je veille, unique sentinelle De ce grand palais dévasté, Dans la solitude éternelle.

En face de l'immensité.

A l'horizon que rien ne borne.

Stérile, muet, infini, Le désert sous le soleil morne Déroule son linceul jauni.

Au-dessus de la terre nue, Le ciel, autre désert d'azur.

Où jamais ne flotte une nue.

S'étale implacablement pur.

Le Nil, dont l'eau morte s'étame D'une pellicule de plomb.

Luit, ridé par l'hippopotame, Sous un jour mat tombant d'aplomb;

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Et les crocodiles rapaces.

Sur le sable en feu des îlots, Demi-cuits dans leurs carapaces, Se pâment avec des sanglots.

Immobile sur son pied grêle, L'ibis, le bec dans son jabot, Déchiffre au bout de quelque stèle Le cartouche sacré de Thot.

L'hyène rit, le chacal miaule.

Et, traçant des cercles dans l'air, L'épervier affamé piaule.

Noire virgule du ciel clair. —

Mais ces bruits de la solitude Sont couverts par le bâillement Des sphinx, lassés de l'attitude Qu'ils gardent immuablement.

Produit des blancs reflets du sable Et du soleil toujours brillant.

Nul ennui ne t'est comparable, Spleen lumineux de l'Orient 1

C'est toi qui faisais crier : k Grâce ! A la satiété des rois Tombant vaincus sur leur terrasse ; Et tu m'écrases de ton poids.

Ici jamais le vent n'essuie Une larme à l'œil sec des cieux, Et le temps fatigué s'appuie Sur les palais silencieux.

Pas un accident ne dérange

La face de l'éternité;

L'Egypte, en ce monde où tout chang

Trône sur l'immobilité.

Pour compagnons et pour amies, Quand l'ennui me prend par accès.

J'ai les fellahs et les momies Contemporaines de Rhamsès ;

Je regarde un pilier qui penche.

Un vieux colosse sans profil, Et les canges à voile blanche Montant ou descendant le Nil.

Que je voudrais cornme mon frère, Dans ce grand Paris transporté.

Auprès de lui, pour me distraire.

Sur une glace être planté !

Là-bas, il voit à ses sculptures S'arrêter un peuple vivant.

Hiératiques écritures.

Que l'idée épelle en rêvant.

Les fontaines juxtaposées Sur la poudre de son granit Jettent leurs brumes irisées ; Il est vermeil, il rajeunit!

Des veines roses de Syène Comme moi cependant il sort, Mais je reste à ma place ancienne ; Il est vivant, et je suis mort !

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