‹ Poésies (volume 2)Chapitre 36 sur 102 · CE QUE DISENT LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

CE QUE DISENT LES HIRONDELLES

Elles s'assemblent par centaines, Se concertant pour le départ.

L'une dit : « Oh ! que dans Athènes Il fait bon sur le vieux rempart !

« Tous les ans j'y vais et je niche Aux métopes du Parthénon.

Mon nid bouche dans la corniche Le trou d'un boulet de canon. »

L'autre : « J'ai ma petite chambre

A Smyrne, au plafond d'un café.

Les Hadjis comptent leurs grains d'ambre

Sur le seuil, d'un rayon chauffé.

« J'entre et je sors, accoutumée Aux blondes vapeurs des chiboucks, Et parmi des flots de fumée Je rase turbans et tarboucks. »

Celle-ci : « J'habite un triglyphe Au fronton d'un temple, à Balbeck; Je m'y suspends avec ma griffe Sur mes petits au large bec. »

Celle-là : « Voici mon adresse :

Rhodes, palais des chevaliers ; Chaque hiver, ma tente s'y dresse Au chapiteau des noirs piliers. »

La cinquième : « Je ferai halte.

Car l'âge m'alourdit un peu.

Aux blanches terrasses de Malte, Entre l'eau bleue et le ciel bleu. »

La sixième : « Qu'on est à l'aise Au Caire, en haut des minarets !

J'empâte un ornement de glaise, Et mes quartiers d'hiver sont prêts. »

« A la seconde cataracte, — Fait la dernière, — j'ai mon nid ; J'en ai noté la place exacte, Dans le pschent d'un roi de granit. «

Toutes : « Demain, combien de lieues Auront filé sous notre essaim.

Plaines brunes, pics blancs, mers bleues Brodant d'écume leur bassin ! »

Avec cris et battements d'ailes.

Sur la moulure aux bords étroits.

Ainsi jasent les hirondelles, Voyant venir la rouille aux bois.

Je comprends tout ce qu'elles disent, Car le poète est un oiseau ; Mais, captif, ses élans se brisent Contre un invisible réseau !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !

Comme dans le chant de Ruckert, Pour voler là-bas, avec elles, Au soleil d'or, au printemps vert !

'KOEL

LE ciel est noir, la terre est blanche ; — Cloches, carillonnez gaîment 1 — Jésus est né ; — la Vierge penche Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées Pour préserver l'enfant du froid ; Rien que les toiles d'araignées Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche, Ce cher petit enfant Jésus, Et pour l'échauffer dans sa crèche L'âne et le bœuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges.

Mais sur le toit s'ouvre le ciel, Et, tout en blanc, le chœur des anges Chante aux bergers : « Noël! NoëU »

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