PLAINTIVE TOURTERELLE I
TL^I'hLTIVE TOU%TE%ELLE
•Vs--''
LAiNTivE tourterelle, Qui roucoules toujours, Veux-tu prêter ton aile Pour servir mes amours !
Comme toi, pauvre amante, Bien loin de mon ramier, Je pleure et me lamente Sans pouvoir l'oublier.
Vole, et que ton pied rose Sur l'arbre ou sur la tour Jamais ne se repose, Car je languis d'amour.
Évite, ô ma colombe, La halte des palmiers Et tous les toits où tombe La neige des ramiers.
Va droit sur sa fenêtre, Près du palais du roi; Donne-lui cette lettre Et deux baisers pour moi.
Puis sur mon sein en flamme, Q.ui ne peut s'apaiser.
Reviens, avec son âme.
Reviens te reposer.
ION NE SOIREE I2g
L^ 'BOn,'K.E SOITIÈE
QUEL temps de chien I — il pleut, il neige : Les cochers, transis sur leur siège, Ont le nez bleu.
Par ce vilain soir de décembre, Q.u'il ferait bon garder la chambre, Devant son feu !
A l'angle de la cheminée La chauffeuse capitonnée
Vous tend les bras Et semble avec une caresse Vous dire comme une maîtresse :
« Tu resteras ! »
Un papier rose à découpures,
Comme un sein blanc sous des guipures,
Voile à demi /^v^ Le globe laiteux de la lamp^ Dont le reflet au plafond" rampe,
Tout endormi.
130 EMAUX ET CAMÉES
On n'entend rien dans le silence due la pendule qui balance
Son disque d'or, Et que le vent qui pleure et rôde, Parcourant, pour entrer en fraude,
Le corridor.
C'est bal à l'ambassade anglaise :
Mon habit noir est sur la chaise.
Les bras ballants ; Mon gilet bâille, et ma chemise Semble dresser, pour être mise.
Ses poignets blancs ;
Les brodequins à pointe étroite Montrent leur vernis qui miroite.
Au feu placés ; A côté des minces cravates, S'allongent comme des mains plates
Les gants glacés.
Il faut sortir 1 — quelle corvée 1 Prendre la file à l'arrivée.
Et suivre au pas Les coupés des beautés altières Portant blasons sur leurs portières
Et leurs appas ;
Rester debout contre une porte A voir se ruer la cohorte
Des invités.
Les vieux museaux, les frais visages, Les fracs en cœur et les corsages
Décolletés,
iONNESOIREE I3]
Les dos où fleurit la pustule, Couvrant leur peau rouge d'un tulle
Aérien, Les dandys et les diplomates Sur leurs faces à teintes mates
Ne montrant rien 1
Et ne pouvoir franchir la haie Des douairières aux yeux d'orfraie
Ou de vautour.
Pour aller dire à son oreille Petite, nacrée et vermeille,
Un mot d'amour 1
Je n'irai pas 1 — et ferai mettre Dans son bouquet un bout de lettre
A l'Opéra.
Par les violettes de Parme La mauvaise humeur se désarme
Elle viendra !
J'ai là Vlnlermexjo de Heine,
Le Thomas Grain-d'Orge de Taine,
Les deux Concourt :
Le temps, jusqu'à l'heure où s'achève Sur l'oreiller l'idée en rêve.
Me sera court.
EMAUX ET CAMEES
L'^TiT
OUI, l'œuvre sort plus belle D'une forme au travail Rebelle, Vers, marbre, onyx, émail.
Point de contraintes fausses 1 Mais que pour marcher droit
Tu chausses.
Muse, un cothurne étroit!
Fi du rythme commode, Comme un soulier trop grand.
Du mode Que tout pied quitte et prend 1
Statuaire, repousse L'argile que pétrit
Le pouce Quand flotte ailleurs l'esprit;
Lutte avec le carrare, Avec le paros dur
Et rare.
Gardiens du contour pur;
Emprunte à Syracuse Son bronze où fermement
S'accuse Le trait fier et charmant ;
D'une main délicate Poursuis dans un filon
D'agate Le profil d'Apollon.
Peintre, fnis l'aquarelle.
Et fixe la couleur
Trop frêle Au four de l'émailleur;
Fais les sirènes bleues.
Tordant de cent façons
Leurs queues.
Les monstres des blasons ;
Dans son nimbe trilobé La Vierge et son Jésus,
Le globe Avec la croix dessus.
Tout passe. — L'art robuste Seul a l'éternité :
Le buste Survit à la cité.
134 EMAUX ET CAMEES
Et la médaille austère Que trouve un laboureur
Sous terre Révèle un empereur.
Les dieux eux-mêmes meurent.
Mais les vers souverains
Demeurent Plus forts que les airains.
Sculpte, lime, cisèle; Que ton rêve flottant
Se scelle Dans le bloc résistant I