‹ Poésies (volume 2)Chapitre 63 sur 102 · L.AVINIA · texte numérisé non relu

L.AVINIA

Non I ta France chérie Est maintenant pour moi comme une autre patrie ; Je ne regrette rien.

GEORGES

Tu m'aimes donc beaucoup?

LAVINIA

Certe, et je te le prouve en te sautant au cou.

GEORGES

Enfant!... Mais tu n'es plus une petite fille. Et tu me traites trop en père de famille.

LAVINIA

En père! — Non, monsieur, mais en frère adoré; C'est un titre charmant, amical et sacré.

GEORGES

Sans doute; mais l'on peut en trouver un plus tendre, Et je te le dirais si tu voulais l'entendre.

L AVINIA.

Je doute qu'il en soit un plus plein de douceur Pour moi, jadis ta fille et maintenant ta sœur.

GEORGES

Celui de mari?

Non ; je ne sens nulle envie De laisser pénétrer brusquement dans ma vie Cet inconnu d'hier, époux du lendemain, Q.ui pose à tout hasard votre main dans sa main. Un frère vaut bien mieux, surtout s'il te ressemble. Le monde est comme un livre où nous lisons ensemble. Fronts penchés l'un vers l'autre et mêlant nos cheveux. Tu connais mes secrets, je devine tes vœux ; Il existe entre nous de longues sympathies, Une communauté de choses ressenties, Des souvenirs d'un charme intime et pénétrant Où le présent qui rêve au passé se reprend. L'époux ignorerait ma vie antérieure.

Toute une part de moi, peut-être la meilleure : Je ne veux pas jeter à quelque sot mari Mon âme, ton ouvrage, ô mon frère chéri !

GEORGES

Tu n'aimes donc personne?

Eh 1 si, puisque je t'aime.

GEORGES

D'amour, ou d'amitié?

Page 1