‹ Poésies (volume 3)Chapitre 106 sur 140 · LA CARAVANE · texte numérisé non relu

LA CARAVANE

LA caravane humaine au sahara du monde, Par ce chemin des ans qui n'a pas de retour, S'en va traînant le pied, brûlée aux feux du jour, Et buvant sur ses bras la sueur qui l'inonde.

Le grand lion rugit et la tempête gronde;

A l'horizon fuyard, ni minaret, ni tour;

La seule ombre qu'on ait, c'est l'ombre du vautour.

Qui traverse le ciel, cherchant sa proie immonde.

L'on avance toujours, et voici que Ton voit Quelque chose de vert que l'on se montre au doigt : C'est un bois de cyprès, semé de blanches pierres.

Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps. Comme des oasis, a mis les cimetières : Couchez-vous et dormez, voyageurs haletants.

DESTI'H.EE

COMME la vie est faite 1 et que le train du monde Nous pousse aveuglément en des chemins divers ! Pareil au Juif maudit, l'un, par tout l'univers, Promène sans repos sa course vagabonde;

L'autre, vrai docteur Faust, baigné d'ombre profonde, Auprès de sa croisée étroite, à carreaux verts, Poursuit de son fauteuil quelques rêves amers, Et dans l'âme sans fond laisse filer la sonde.

Eh bien I celui qui court sur la terre était né Pour vivre au coin du feu ; le foyer, la famille. C'était son vœu ; mais Dieu ne l'a pas couronné.

Et l'autre, qui n'a vu du ciel que ce qui brille Par le trou du volet, était le voyageur. Ils ont passé tous deux à côté du bonheur.

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