N0TRE-15AME 30I
Légendes d'autrefois, merveilleuses histoires Ecrites dans la pierre ; enfers et purgatoires Dévotement taillés par de naïfs ciseaux; Piédestaux du portail, qui pleurent leurs statues, Par les hommes et non par le temps abattues ; Licornes, loups-garous, chimériques oiseaux.
Dogues hurlant au bout des gouttières, tarasques, Guivres et basilics, dragons et nains fantasques.
Chevaliers vainqueurs de géants, Faisceaux de piliers lourds, gerbes de colonnettes, Myriades de saints roulés en collerettes
Autour des trois porches béants.
Lancettes, pendentifs, ogives, trèfles grêles Où l'arabesque folle accroche ses dentelles Et son orfèvrerie ouvrée à grand travail. Pignons troués à jour, fîèches déchiquetées, Aiguilles de corbeaux et d'anges surmontées : La cathédrale luit comme un bijou d'émail 1
Mais qu'est-ce que cela? Lorsque l'on a dans l'ombre Suivi l'escalier svelte aux spirales sans nombre,
Et qu'on revoit enfin le bleu.
Le vide par-dessus et par-dessous l'abîme. Une crainte vous prend, un vertige sublime
A se sentir si 'près de Dieu I
Ainsi que, sous l'oiseau qui s'y perche, une branche, Sous vos pieds, qu'elle fuit, la tour frissonne et penche, Le ciel ivre chancelle et valse autour de vous, L'abîme ouvre sa gueule, et l'esprit du vertige, Vous fouettant de son aile, en ricanant voltige Et fait au front des tours trembler les garde-fous.
Les combles anguleux, avec leurs girouettes. Découpent, en passant, d'étranges silhouettes
Au fond de votre œil ébloui, Et dans le gouffre immense où le corbeau tournoie, Béte apocalyptique, en se tordant aboie
Paris éclatant, inouï!
Oh ! le cœur vous en bat : dominer de ce faite, Soi, chétif et petit, une ville ainsi faite ; Pouvoir d'un seul regard embrasser ce grand tout; Debout, là-haut, plus près du ciel que de la terre, Comme l'aigle planant, voir au sein du cratère. Loin, bien loin, la fumée et la lave qui boutl
De la rampe, où le vent par les trèfles arabes, En se jouant, redit les dernières syllabes
De l'hosanna du séraphin, Voir s'agiter là-bas, parmi les brumes vagues. Cette mer de maisons dont les toits sont les vagues ;
L'entendre murmurer sans fin 1
Que c'est grand ! que c'est beau ! Les frêles cheminées,
De leurs turbans fumeux en tout temps couronnées.
Sur le ciel de safran tracent leurs profils noirs,
Et la lumière oblique aux arêtes hardies.
Jetant de tous côtés de riches incendies.
Dans la moire du fleuve enchâsse cent miroirs.