‹ Poésies (volume 3)Chapitre 12 sur 140 · JOSEPH DELORME · texte numérisé non relu

JOSEPH DELORME

SI quelque jeune fée à l'aile de saphir, Sous une sombre et fraîche arcade.

Blanche comme un reflet de la perle d'Ophir, Surgissait à mes yeux, au doux bruit du zéphyr, De l'écume de la cascade.

Me disant : « Que veux-tu ? larges coffres pleins d'or.

Palais immenses, pierreries?

Parle; mon art est grand. Te faut-il plus encor? Je te le donnerai; je puis faire un trésor

D'un vil monceau d'herbes flétries!»

Je lui dirais: « Je veux un ciel riant et pur

Réfléchi par un lac limpide, Je veux un beau soleil qui luise dans l'azur. Sans que jamais brouillard, vapeur, nuage obscur.

Ne voilent son orbe splendide;

« Et pour bondir sous moi je veux un cheval blanc,

Enfoiit léger de l'Arabie, A la crinière longue, à l'œil étincelant. Et, comme l'hippogriffe, en une heure volant

De la Norwège à la Nubie ;

« Je veux un kiosque rouge, aux minarets dorés.

Aux minces colonnes d'albâtre, Aux fantasques arceaux, d'œufs pendants décorés. Aux murs de mosaïque, aux vitraux colorés

Par où se glisse un jour bleuâtre;

« Et quand il fera chaud, je veux un bois mouvant

De sycomores et d'yeuses, Qui me suive partout au souffle d'un doux vent. Comme un grand éventail sans cesse soulevant

Ses masses de feuilles soj'euses.

« Je veux une tartane avec ses matelots. Ses cordages, ses blanches voiles Et son corset de cuivre où se brisent les flots, Qui me berce le long de verdoyants îlots Aux molles lueurs des étoiles.

« Je veux, soir et matin, m'éveiller, m'cndormir,

Au son de voix italiennes, Et pendant tout le jour entendre au loin frémir Le murmure plaintif des eaux du Bendemir,

Ou des harpes éoliennes ;

« Et je veux, les seins nus, une Aimée agitant

Son écharpe de cachemire Au-dessus de son front de rubis éclatant, Des spahis, un harem, comme un riche sultan

Ou de Bagdad ou de Palmyre.

LES SOUHAITS 27

« Je veux un sabre turc, un poignard indien

Dont le manche de saphirs brille ; Mais surtout je voudrais un cœur fait pour le mien, Qiii le sentît, l'aimât, et qui le comprît bien, Un cœur naïf de jeune fille I »

LE LUXEM'BOUXG

Enfant, dans les ébats de l'enfance joueuse.

AU Luxembourg souvent, lorsque dans les allées Gazouillaient des moineaux les joyeuses volées, Qu'aux baisers d'un vent doux, sous les abîmes bleus D'un ciel tiède et riant, les orangers frileux Hasardaient leurs rameaux parfumés, et qu'en gerbes Les fleurs pendaient du front des marronniers superbes. Toute petite fille, elle allait du beau temps A son aise jouir, et folâtrer longtemps, Longtemps, car elle aimait à l'ombre des feuillages Fouler le sable d'or, chercher des coquillages, Admirer du jet d'eau l'arc au reflet changeant Et le poisson de pourpre, hôte d'une eau d'argent ; Ou bien encor partir, folle et légère tète, Et, trompant les regards de sa mère inquiète. Au risque de brunir un teint frais et vermeil. Livrer sa joue en fleur aux baisers du soleil !

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