‹ Poésies (volume 3)Chapitre 124 sur 140 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

La lune langoureuse Argenté leurs baisers Longuement appuyés.

Hélas 1 j'ai dans le cœur une tristesse affreuse 1

Moi, je n'aime plus rien, Ni l'homme, ni la femme.

Ni mon corps, ni mon âme, Pas même mon vieux chien.

Allez dire qu'on creuse, Sous le pâle gazon.

Une fosse sans nom.

Hélas! j'ai dans le cœur une tristesse affreuse!

POliSIF. s DIVERSES

QUI SE%^4 XOI?

BEHEMOTH

MOI, je suis Béhémoth, l'éléphant, le colosse. Mou dos prodigieux, dans la plaine, fait bosse Comme le dos d'un mont.

Je suis une montagne animée et qui marche ; Au déluge, je fis presque chavirer l'arche, Et, quand j'y mis le pied, l'eau monta jusqu'au pont.

Je porte, en me jouant, des tours sur mon épaule; Les murs tombent broyés sous mon flanc qui les frôle

Comme sous un bélier.

Qjiel est le bataillon que d'un choc je ne rompe? J'enlève cavaliers et chevaux dans ma trompe. Et je les jette en l'air sans plus m'en soucier 1

Les piques, sous mes pieds, se couchent comme l'herbe ; Je jette à chaque pas, sur la terre, une gerbe

De blessés et de morts.

Au cœur de la bataille, aux lieux où la mêlée Rugit plus furieuse et plus échevelée.

Comme un mortier sanglant, je vais gâchant les corps.

QUI SERA ROIt' 339

Les flèches font sur moi le pétillement grêle

Que par un jour d'hiver font les grains de la grék

Sur les tuiles d'un toit.

Les plus forts javelots, qui faussent les cuirasses, Effleurent mon cuir noir sans y laisser de traces, Et par tous les chemins je marche toujours droit.

Quand devant moi je trouve un arbre, je le casse ; A travers les bambous, je folâtre et je passe

Comme un faon dans les blés.

Si je rencontre un fleuve en route, je le pompe, Je dessèche son urne avec ma grande trompe Et laisse sur le sec ses hôtes écaillés.

Mes défenses d'ivoire éventreraient le monde; Je porterais le ciel et sa coupole ronde Tout aussi bien qu'Atlas :

Rien ne me semble lourd; pour soutenir le pôle, Je pourrais lui prêter ma rude et forte épaule ; Je le remplacerai quand il sera trop lasl

Quand Béhémoth eut dit jusqu'au bout sa harangue, Léviathan, ainsi, répondit en sa langue ;

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