‹ Poésies (volume 3)Chapitre 133 sur 140 · I.ETHERMODON · texte numérisé non relu

I.ETHERMODON

S'ils n'étaient repoussés par les rudes écailles, Par les mailles d'acier qui hérissent vos tailles,

Les bras se suspendraient autour ; Si vous aviez voulu, douce et modeste gloire, Vous auriez sans combat remporté la victoire,

Car la force cède à l'amoui.

Penchez-vous sur le col de vos promptes cavales, Qui volent, de la brise et de l'éclair rivales;

Fuyez sans vous tourner pour voir.

Et ne vous arrêtez qu'en des retraites sûres Où se trouve un flot clair pour laver vos blessures,

Et du gazon pour vous asseoir 1

C'est la nécessité! c'est la règle fatale! Toujours l'esprit le cède à la force brutale; Et quand la passion, aux beaux élans divins, Avec le positif veut en venir aux mains. Ardente, et n'écoutant que le feu qui l'anime. Engage le combat sur le pont de l'abîme, Elle ne peut tenir avec ses mains d'enfant Contre ces grands chevaux à forme d'éléphant. Cabrés et renversés sur leurs énormes croupes, Contre ces forts guerriers et ces robustes troupes Aux bras durs et noueux comme des chênes verts, Aux musculeux poitrails de buffle recouverts;

Toujours le pied lui manque, et, de flèches criblée,

Elle tombe en hurlant dans l'onde flagellée,

Où son corps va trouver les caïmans du fond.

Cependant les vainqueurs, sur la crête du pont,

Sans donner une plainte aux victimes noyées, .

Passent, tambours battants, enseignes déployées.

Cette planche, gravée en six cartons divers

Par Lucas Vostermann, d'après Rubens d'Anvers,

Femmes au cœur hautain, pales cariatides.

Qui ployez à regret des têtes moins timides

Sous le fronton pesant des devoirs et des lois,

Et qui vous refusez à porter votre croix,

De votre destinée est reff"rayant symbole.

Et je l'y vois écrite en sombre parabole.

Comme vous, autrefois, folles de liberté.

Des femmes au grand cœur, à la mâle beauté,

Se brûlèrent un sein, et mirent à la place

La Méduse sculptée au cœur de la cuirasse;

Elles laissèrent là l'aiguille et les fuseaux,

La navette qui court à travers les réseaux,

Les travaux de la femme et les soins du ménage.

Pour la lance et l'épée, instruments de carnage;

Négligeant la parure, et n'ayant pour se voir

Qu'un bouclier d'airain, fauve et louche miroir,

Au Thermodon, qu'enjambe un pont d'une seule arche,

Leur troupe rencontra la grande armée en marche:

Ce fut un choc terrible, et sur le pont, longtemps,

Incertaine marée, on vit les combattants,

Les chevelures d'or ou bien les têtes brunes.

Femmes, soldats, suivant leurs diverses fortunes.

Pousser et repousser leur flux et leur reflux;

Et longtemps la victoire aux pieds irrésolus,

Mesurant le terrain et supputant les pertes.

Erra d'un camp à l'autre avec ses palmes vertes.

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