‹ Poésies (volume 3)Chapitre 18 sur 140 · JEAN DE LA FONTAINE · texte numérisé non relu

JEAN DE LA FONTAINE

QUAND je n'ai rien à faire, et qu'à peine un nuage Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage, J'aime à m'écouter vivre, et, libre de soucis. Loin des chemins poudreux, à demeurer assis Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse, Au bord des bois touffus où la chaleur s'émousse. Là, pour tuer le temps, j'observe la fourmi Qui, pensant au retour de l'hiver ennemi, Pour son grenier dérobe un grain d'orge à la gerbe. Le puceron qui grimpe et se pend au brin d'herbe, La chenille traînant ses anneaux veloutés, La limace baveuse aux sillons argentés.

Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole. Ensuite je regarde, amusement frivole, La lumière brisant dans chacun de mes cils, Palissade opposée à ses rayons subtils, Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte En l'air, comme sur l'onde un vaisseau sans pilote ;

Et lorsque je suis las je me laisse endormir, Au murmure de l'eau qu'un caillou fait gémir, Ou j'écoute chanter pré» de moi la fauvette, Et là-haut dans l'azur gazouiller l'alouette.

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