‹ Poésies (volume 3)Chapitre 2 sur 140 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

comme les oiseaux, comme tout ce que l'homme n'a pu détourner- et dépraver à son usage.

En général, dès qu'une chose devient utile, elle cesse d'être belle. — Elle rentre dans la vie positive ; de poésie elle devient prose ; de libre, esclave, — Tout l'art est là. — L'art, c'est la liberté, le luxe, l'efflorescence, c'est l'épanouissement de l'àme dans l'oisiveté. — La peinture, la sculpture, la musique, ne servent absolument à rien. Les bijoux curieusement ciselés, les colifichets rares, les parures singulières, sont de pures superfluités. — Oui voudrait cependant les retrancher? — Le bonheur lie consiste pas à avoir ce qui est indispensable; ne pas souffrir n'est pas jouir; et les objets dont on a le moins besoin sont ceux qui charment le plus. — Il y a et il y aura toujours des âmes artistes à qui les tableaux d'Ingres et de Delacroix, les aquarelles de Boulanger et de Decamps, sembleront plus utiles que les chemins de fer et les bateaux à vapeur.

A tout cela si on lui répond: « Fort bien, — mais vos vers ne sont pas beaux, » il passera condamnation et tâchera de s'amender. — // espère toutefois qu'on voudra bien lui savoir gré de l'intention.

— Maintenant, deux mots sur ce volume. — Les pièces qu'il renferme ont été composées à de grandes distances les unes des autres, et imprimées au fur et à mesure, sans autre ordre que celui des dates, qu'on n'a pas iruiiquées; l'auteur n'a pas eu la prétention de faire des monuments. Les premières se rattachent presque à son enfance; les dernières, le poème surtout, le touchent de plus près; les plus anciennes remontent jusqu'en 1826.

— Six ans, c'est un siècle aujourd'hui; les plus modernes sont de i8)i. — On verra s'il y a progrès.

Ce sont d'abord de petits intérieurs d'un effet doux et calme, de petits paysages à la manière des Flamands, d'une touche tranquille, d'une couleur un peu étouffée, ni grandes montagnes, ni perspectives à perte de vue, ni torrents, ni cataractes. — Des plaines unies avec des lointains de cobalt, d'humbles coteaux rayés où serpente un chemin, une chaumière qui fume, un ruisseau qui gazpnille sous les nénuphars, un buisson avec ses baies rouges, une marguerite qui tremble sous la rosée. — Un nuage qui passe jetant son ombre sur les blés, une cigogne qui s'abat sur un donjon gothique. — Voilà tout; et puis, pour animer la scène, une greiwuille qui saule dans les joncs, une demoiselle jouant dans un rayon de soleil, quelque lézard qui se chauffe au midi, une alouette qui s'élève d'un sillon, un merle qui siffle sous une haie, une abeille qui picore et bourdonne. — Les souvenirs de six mois passés dans une belle campagne.

— Çà et là, comme une aube de l'adolescence qui va luire, un désir, une larme, quelques mots d'amour, un profil de jeune fille chastement esquissé, une poésie tout enfantine, toute ronde et potelée, oit les muscles ne se prononcent pas encore. — A mesure que l'on avance, le dessin devient plus ferme, les méplats se font sentir, les os prennent de la saillie, et l'on aboutit à la légende semi-diabolique, semi-fashionable, qui a nom Albertus, et qui donne le titre au volume, comme la pièce la plus importante et la plus actuelle du recueil.

Si ces études franches et consciencieuses peuvent ou-

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