‹ Poésies (volume 3)Chapitre 51 sur 140 · PETRUS BOREL · texte numérisé non relu

PETRUS BOREL

,E la maison momie enterrée au Marais Où, du monde cloîtré, jadis je demeurais, L'on a pour perspective une muraille sombre Où des pignons voisins tombe, à grands angles, l'ombre.

— A ses flancs dégradés par la pluie et les ans, Pousse dans les gravois l'ortie aux feux cuisants. Et sur ses pieds moisis, comme un tapis verdâtre, La mousse se déploie et fait gercer le plâtre.

— Une treille stérile avec ses bras grimpants Jusqu'au premier étage en festonne les pans; Le bleu volubilis dans les fentes s'accroche, La capucine rouge épanouit sa cloche,

Et, mariant en l'air leurs tranchantes couleurs, A sa fenêtre font comme un 'cadre de fleurs: Car elle n'en a qu'une, et sans cesse vous lorgne De son regard unique ainsi que fait un borgne. Allumant aux brasiers du soir, comme autant d'yeux. Dans leurs mailles de plomb ses carreaux chassieux.

— Une caisse d'oeillets, un pot de giroflée Qui laisse clidir au vent sa feuille étiolée Et du soleil oblique implore le regard, Une cage d'osier où saute un geai criard, C'est un tableau tout foit qui vaut qu'on l'étudié; Mais il faut pour le rendre une touche hardie, Une palette riche où luise plus d'un ton, Celle de Boulanger ou bien de Bonnins:ton.

Page 1